Elaine – Love Story

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Notre première entrepreneure, Elaine, 32 ans, vit à Port Elizabeth et a créé il y a bientôt deux ans sa propre ONG: Love Story.

Pour commencer, pouvez-vous nous en dire un peu plus sur Love Story ?

Love Story est une ONG qui opère auprès des communautés défavorisées de Port Elizabeth et des alentours. Nous avons différents programmes : approvisionnement en nourriture, visites d’hôpitaux, éducation et formation… Ainsi, nous aidons aussi bien les sans abris, que les malades dans les hopitaux, les jeunes mères dans le besoin, les enfants des townships…

Nous aimons dire que nous essayons d’apporter une solution à chaque besoin. Et si nous n’avons pas l’expertise ou les compétences nécessaires pour y répondre, nous faisons appel à des personnes qualifiées extérieures. Nous agissons comme intermédiaire  entre les personnes dans le besoin et les personnes qui désirent aider. En effet en Afrique du Sud il y a tellement à faire que beaucoup de gens ne savent pas par où commencer ou pensent que leur contribution ne pourra pas changer grand-chose. C’est pour cela que nous cherchons à attirer ceux qui veulent donner, vers ceux qui ont besoin de recevoir.

Comment et quand vous êtes vous lancée dans l’aventure Love Story ?

Mon mari a toujours été touché par la situation des sans-abris. Avant notre marriage déjà,  il avait pour habitude de nourrir lui_même les SDF. A l’époque cela me paraissait plutôt étonnant, voir dangereux d’être à leur contact : vous savez, le genre de stereotype avec lequel vous grandissez…

Puis nous sommes partis vivre en Angleterre pendant 2 ans. A notre retour, nous avons été frappés par le nombre de nécessiteux et l’étendue de leurs besoins. Je pense qu’en grandissant dans ce pays, vous devenez insensible : le besoin est present partout autour de vous et vous finissez par penser que c’est normal et qu’il ne peut en être autrement. Mais après avoir vécu en Europe, nous avons été confronté de plein fouet à la misère et notre vision a complètement évolué. C’est à ce moment là que nous avons décidé que nous voulions agir au sein de notre communauté et changer les choses.

Difficile de me rappeler de la date exacte, mais je dirais que notre première distribution de soupe était fin 2012-début 2013.

La première fois, nous avons servi une vingtaine de personnes. A vrai dire, cela n’a pas été facile de les trouver car ils ne nous faisaient pas confiance. Beaucoup d’entre eux étaient reconnaissants que nous soyons là un soir mais ne s’imaginaient pas que nous reviendrions encore et encore. Mais nous leur avions fait la promesse que nous serions là tous les soirs. Je ne sais pas exactement comment mais jusqu’à présent nous nous y sommes tenus.

Ainsi, de 20 repas servis à nos débuts et preparés dans notre cuisine, nous en sommes maintenant à plus de 200 servis chaque jour et nous avons nos propres locaux. Nous avons d’abord commencé par nourrir les gens dans la rue, mais nous nous engageons dans de plus en plus de projets au fur et à mesure que nous prenons connaissance de nouveaux besoins. Aujourd’hui Love Story est devenue une association multifacettes.

Nous avons engagé 10 personnes à temps plein et de nombreux volontaires viennent nous aider chaque semaine en fonction de leurs disponibilités.

Avez-vous reçu de l’aide pour la création de votre ONG ?

Nous n’avons reçu aucune aide pour la création de Love story, que ce soit de la part du gouvernement ou de quelconque autre structure.

Cela n’a pas été facile et a demandé beaucoup de sacrifices, notamment en terme de temps, mais je savais que ce ne serait pas une promenade de santé. Au début, nous étions juste trois et essayions de faire un million de choses à la fois. Et plus nous en faisions, plus le besoin augmentait. En effet, tant que vous restez en dehors des zones défavorisées, vous ne mesurez pas tout ce qu’il y a a faire. Mais une fois que vous commencez, vous ne cessez de découvrir de nouveaux besoins ! Puis, au fur et à mesure que nous avons grandi, de nouvelles personnes ont rejoint l’équipe ce qui a rendu les choses plus simples.

Malgré tout, cela n’a pas été que du sang, de la sueur et des larmes. C’était dur mais c’était aussi une expérience incroyable. J’en ai apprécié chaque minute et je ne changerais ca pour rien au monde.

Le plus dur pour moi n’a d’ailleurs pas été de monter cette organisation mais de prendre conscience des choses horribles qui peuvent arriver dans notre communauté.

Comment financez-vous votre activité ?

C’est une bonne question car mon mari et moi finançons 80% de notre activité, qui n’est donc pas pérenne. Nous n’avons pas de sponsor principal mais des contrats de partenariat aléatoires d’un mois à l’autre. Nous ne savons pas toujours ce que nous recevrons pour le mois mais nous avons toujours réussi à payer les salaires et le loyer (ce qui représente la majeure partie de nos frais). En cas de besoin, nous communiquons sur facebook et les réseaux sociaux pour appeler au don. Les gens ne répondent pas facilement au don financier et préfèrent donner de leur temps ou des biens (nourriture ou vêtements en trop). Même les entreprises et les églises sont réticentes et proposent plus facilement de l’aide que des sponsorings financiers.

Quels sont vos objectifs pour la suite ?

Notre plus grand rêve serait de nous élever au niveau national … voire international !

Nous sommes une organisation chrétienne et nous considérons que Love Story est bien plus qu’une simple association caritative. Notre activité n’est pas limitée au don de nourriture et de vêtements : elle consiste à répandre l’amour de Jésus. Nous ne sommes pas réservés aux chrétiens et nous sommes ouverts à tout le monde. Je ne pense pas que nous puissions éradiquer la faim dans le monde, il s’agit donc de répandre l’espoir dans le coeur des gens et de leur montrer qu’il y a des personnes qui se soucient d’eux.

J’aimerais voir se developer des antennes de Love story mais ce n’est pas l’objectif principal de l’organisation. Le plus important est de voir des gens comme vous et moi emplis de compassions, sortir de leur zone de confort pour commencer à aider leurs prochains. Je comprends que tout le monde ne puisse pas créer sa propre organisation caritative, mais que je pense que chacun a la capacité de faire la différence : que ce soit en préparant un repas pour son voisin ou en donnant un peu de réconfort à un parfait étranger.

Quelle est votre principale source de motivation ?

Ma principale motivation est de répandre l’amour de dieu. Je veux être cet instrument capable de montrer cet amour à mon prochain. C’est ce qui me fait continuer et avancer. Je pense d’ailleurs que c’est une bonne motivation car elle est immuable. Il y a des gens sur cette terre qui sont désemparés, destitués et qui n’ont jamais expérimenté l’amour. Nous pouvons le leur donner.

Les histoires que j’entends chaque jour sont aussi une excellente source de motivation : elles marquent nos esprits et, quand nous sommes surbookés et manquons de temps pour tout faire, ce sont ces histoires qui nous donnent la force necessaire pour continuer.

Quelle a été la qualité déterminante dans la réussite de ce projet ?

Je suis très sensible. Je pense que c’est une force car c’est une énorme source de motivation et cela permet de garder un rapport très humain dans toutes nos activités.

D’un autre coté, c’est aussi une faiblesse, car j’ai tendance à trop m’impliquer et à faire des prommesses que j’ai parfois beaucoup de mal à tenir par manque de temps ou de moyens, juste parce que je n’arrive pas à refuser de l’aide à des personnes dans le besoin.

Comment conciliez-vous votre vie de famille et votre travail ?

Love story ne représente pas ma vie professionnelle, c’est ma vie. Je dirais plutôt que je dois équilibrer ma vie de famille avec cette activité, ce qui n’est pas toujours facile. C’est un choix de vie : je ne veux plus vivre pour moi. Je veux arriver à la fin de ma vie et me dire que j’ai sacrifié autant que possible pour répondre aux besoins des autres. Il me reste du chemin à parcourir !

Par rapport à ma famille, je me force à me déconnecter quand je rentre à la maison. J’ai trois filles : deux de 1 et 3 ans et une de 6 mois. Et je veux être la meilleure mère possible. Je veux être à la maison quand elles sont là et passer du temps avec elles. Car c’est mon premier rôle : je suis d’abord une épouse et une mère. Donc je me retrouve souvent en train de donner le biberon, lire mes emails et telephoner en même temps.

Un dernier mot pour la fin ?

J’ai passé une grande partie de ma vie à regarder les organisations humanitaires et les gens y travaillant avec envie en pensant que je ne pourrais jamais en faire de même car je n’avais ni les compétences, ni le temps nécessaires… J’avais l’habitude de trouver des excuses pour ne pas m’engager dans cette voie car je ne me considérais pas assez compétente. Et en y réfléchissant à posteriori, je realise qu’aujourd’hui encore je ne suis pas assez inspirante, qualifiée ou expérientée… Mais j’ai réalisé que cela n’avait aucune importance. Je souhaiterais que les gens se sentent encouragés par cela et osent s’impliquer, car peu importe qui ils sont, ils ont tous la capacité d’apporter leur pierre à l’édifice et de faire la différence.

One Comment on “Elaine – Love Story

  1. Waw, quelle belle histoire, BRAVO! C’est encourageant.
    Etant actuellement en Equateur, je cotoie une pauvreté vraiment énorme ici … les gens dans le besoin sont tellement nombreux. Ca fait franchement réflechir.
    Mais, malheureusement, les aides du gouvernement manquent souvent.

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