Lesley – Impact Hub

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Lesley a ouvert il y a quatre ans un espace de co-working et un incubateur d’entreprises sociales à Johannesburg : l’Impact Hub.

Qu’est-ce que l’Impact Hub ?

Quand nous avons commencé, notre principale mission était de créer un espace où les gens pourraient se rassembler. En effet, nous vivons toujours les vestiges de l’Apartheid et nous ressentons encore aujourd’hui la ségrégation. J’étais donc intéressée par l’idée de rassembler les gens, quelques soient leurs origines socio-culturelles, et d’avoir ainsi un espace qui puisse appartenir à tout le monde, où chacun puisse s’affirmer et créer la société dans laquelle il veut vivre.

L’Impact Hub de Johannesburg fait partie d’un réseau mondial de cinquante espaces de co-working. C’est appréciable de faire partie d’un tel réseau d’apprentissage : tous nos membres peuvent rejoindre la communauté et partager, échanger et collaborer avec n’importe quel membre partout dans le monde.

Nous supportons largement les entrepreneurs dans leur création d’entreprises sociales, qu’elles soient à but lucratif ou non. Nous pensons qu’il y a un besoin sur le marché de créer un environnement pour stimuler les idées et l’innovation. Le Hub sert donc de support à la création de ce type d’entreprises.

Nous organisons aussi un certain nombre d’événements avec des personnalités inspirantes sur plusieurs sujets tels que l’éducation, les changements climatiques, les droits de l’homme… Enfin, nous avons également un incubateur appelé, « Social Impact Accelerator », ainsi qu’un programme de consulting qui vise à stimuler l’innovation en rassemblant les secteurs privés et publics.

Il y a donc diverses expériences mais toutes ont pour but de créer un changement positif dans le monde.

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Pouvez-vous nous en dire plus sur le Social Impact Accelerator ?

Il s’agit d’un programme de trois mois destiné aux entrepreneurs qui en sont uniquement au stade du concept de leur entreprise. Sept entrepreneurs suivent actuellement ce programme. Nous les challengeons sur leur idée afin d’être sûrs que la solution qu’ils apportent réponde à un réel besoin sociétal.

Le plus souvent, nous insistons sur la qualité du service délivré. Nous essayons de développer leur empathie envers les futurs bénéficiaires, et leurs apportons soutien et formations.

Nous utilisons également un concept de « design thinking », pour leur permettre de définir précisément leur business model. Enfin, nous réfléchissons au changement d’échelle : comment mesurer son impact social ? Comment structurer son organisation lors de la phase de développement ?

En parallèle de ce programme, les participants doivent développer leur réseau et créer un bureau de conseil pour leur entreprise. Un mentor les accompagne tout au long du programme. Ils sont constamment poussés afin de s’assurer qu’à l’issue de l’Accelerator program ils aient la ferme volonté d’introduire leur produit sur le marché. Enfin, nous les présentons à des investisseurs.

Quel est votre rôle ?

Je fais partie des mentors, je suis également formatrice sur certaines sessions, et supervise l’ensemble du programme. Le reste des mentors est constitué d’entrepreneurs expérimentés ou de partenaires du HubSpace tels que des membres du réseau Ashoka.

Quelles ont été vos motivations ?

J’ai le sentiment d’avoir été élevée dans un certain idéal de vie. Mes grands-parents étaient très engagés envers leur communauté, j’ai donc grandi dans un environnement où vous devez agir pour changer les choses. J’ai toujours été très curieuse de savoir comment les choses fonctionnaient, en particulier par rapport aux divisions raciales et culturelles, et à la pauvreté.

J’ai également développé des qualités de leadership très jeune. J’ai en effet été membre de l’association AIESEC, la plus grande organisation étudiante internationale, qui développe le leadership et la responsabilité sociale des étudiants. Selon moi, agir pour la société et faire du business n’est pas dissociable : cela permet d’avoir un impact positif. Je pense qu’AIESEC a développé chez moi cette façon de penser.

Lors de mes études de commerce, j’ai ensuite rejoint le réseau ENACTUS. A cette époque de sortie d’Apartheid, cette expérience a été l’occasion d’entendre la voix de chacun et de nous questionner sur le futur de l’Afrique du Sud. J’ai également assisté à des conférences nationales et internationales visant à créer une émulation  pour trouver des solutions à des problèmes mondiaux. Mais parfois si vous vous retrouvez seulement chaque mois autour d’un workshop, vous vous apercevez que c’est difficile de concrétiser ces idées. Et à la sortie de mon école de commerce, j’ai décidé que je ne serai pas observatrice, mais actrice de changement !

L’Impact Hub est donc un lieu physique, une infrastructure où nous pouvons d’une part organiser ces workshops inspirants, mais aussi nous rencontrer au jour le jour, et travailler ensemble pour créer ce changement.

Comment avez-vous commencé ? Quelles ont été vos principales difficultés ?

J’étais membre de la première équipe de l’Impact Hub de Londres, que j’ai rejoint au bout d’un an. Quand je suis revenue en Afrique du Sud en 2008, ce genre d’environnement de travail me manquait terriblement. Je me suis à nouveau retrouvée « entrepreneure de café », ce qui n’était pas fantastique ni motivant ! Si vous travaillez depuis chez vous, c’est même pire.

J’étais donc frustrée, j’avais besoin d’un Impact Hub. A l’origine je ne voulais pas être la fondatrice, je souhaitais juste en être membre. Mais personne n’avait l’air de se dévouer pour en créer un. Je me suis donc lancée et j’ai commencé à chercher un co-fondateur. Pour moi ce fut d’ailleurs le plus gros challenge : trouver des personnes inspirées et motivées, prêtes à s’engager. Mais tout le monde n’a pas une âme d’entrepreneur! J’ai aujourd’hui besoin d’étendre mon équipe, et je recherche vraiment des personnes avec un tel état d’esprit. Je ne veux pas micro-manager et c’est un véritable challenge quand une organisation grandit : comment garder l’ADN entrepreneurial de chacun, celui qui les pousse à prendre des initiatives et à ne pas se positionner en tant que simple employé ?

Notre deuxième challenge a été l’accès au financement. Nous avions besoin de 2millions de Rounds, soit environ 200 000€, mais nous avons dû commencer avec seulement 20 000€ car nous n’avons pas réussi à lever plus de fonds. J’avais quelques économies de Londres et également un petit crédit auprès d’un ami qui travaille aux Etats-Unis. C’était donc vraiment frustrant d’avoir cette énorme ambition et de devoir la limiter pour des questions de ressources.

Avez-vous reçu de l’aide pour la création de votre entreprise ?

Notre gouvernement local aimait l’idée, mais voulait directement créer cinq Hubs dans différentes parties de la ville. Selon moi, ce n’était pas réaliste car nous n’avions pas testé le modèle. Je souhaitais recevoir de l’aide pour créer un prototype, le gérer et l’améliorer si besoin, avant de le répliquer. Les négociations n’ont pas abouti, et ils se sont finalement retirés du projet. Quant aux entreprises, elles avaient toujours du mal à comprendre l’entrepreneuriat social, donc j’ai laissé tomber.

Au milieu de l’année 2010, mes amis en ont eu tellement marre de m’entendre parler de cette idée, qu’ils m’ont posé un ultimatum : ils arrêteraient de me parler si je ne me lançais pas. J’ai alors réalisé que le courage vient dans l’action. C’est lorsque j’ai commencé à agir et à véritablement lancer le projet que ma peur s’est dissipée. C’est encore un bel aspect de l’entrepreneuriat : on peut avoir une idée brillante, mais tant qu’on ne la réalise pas, elle reste à l’état d’idée.

Quels sont vos objectifs pour le futur ?

Maintenant que nous avons testé le modèle, nous souhaitons le répliquer. En effet, il y a un énorme manque en Afrique pour le moment. Nous allons donc lancer en août  une campagne « Global Hub »  pour inviter d’autres entrepreneurs africains à nous rejoindre. Ils intégreront un programme accélérateur qui leur permettra de lancer et gérer leur propre Impact Hub. Nous espérons créer six nouveaux Hubs d’ici l’année prochaine, et augmenter ainsi notre impact global.

Quelles sont selon-vous les qualités d’un entrepreneur ?

Pour moi, la principale qualité d’un entrepreneur est la persévérance. Je sais que ce terme est trop utilisé, mais quand vous êtes dans le feu de l’action et que vous ne savez pas comment vous allez payer votre loyer dans quelques jours, vous devez pouvoir compter sur votre capacité à agir sous pression. Même si les choses se passent mal, si vous êtes persévérant, vous travaillerez encore plus dur et vous trouverez une solution.

Nous avons tous la capacité de faire beaucoup à partir de rien, mais l’important c’est votre capacité à vous engager pour une idée et à voir plus loin, malgré ce que les gens disent. Certains vous traiteront de fou, mais ne soyez pas entêté au point de ne pas accepter les remarques constructives. Ecoutez les futurs bénéficiaires de votre activité : ils sont les plus à même de vous conseiller pour adapter votre produit/service.

Pensez-vous que l’entrepreneuriat social est en train de se développer en Afrique du Sud?

Les choses sont effectivement en train de changer. Quand je me suis installée en 2009, et que j’ai apporté l’idée d’entrepreneuriat social, la plupart des gens entendaient « social » et pensaient « ONG ». Ils ne pouvaient pas concevoir que je voulais générer des revenus et les réinjecter dans la mission de l’organisation, plutôt que de les redistribuer à des actionnaires. Même si depuis quelques années les grandes universités proposent des cursus et des cours sur le sujet, que le marché s’ouvre, et que les entreprises commencent à s’intéresser à l’entrepreneuriat social, je ne pense pas que l’idée soit encore très ancrée dans les mentalités. Mais nous devons aussi être plus ambitieux dans notre manière d’envisager le changement. On ne peut pas le restreindre à l’action locale des PME pour leur communauté : à partir du moment où vous êtes à l’origine d’une belle innovation, c’est un cadeau et il faut la répliquer.

Que pensez-vous de l’entrepreneuriat féminin ?

C’est un débat que j’ai régulièrement avec les gens. Devons-nous en tant que femmes, nous considérer différentes des hommes entrepreneurs ?  Je n’ai encore pas trouvé de réponse. Tout ce que je sais, c’est que lorsque je me retrouve en conférence ou en workshop avec uniquement des femmes, nous avons des sujets de conversation différents, il n’y a pas de question d’ego et il y a plus de solidarité. C’est un état d’esprit typiquement féminin selon moi : il y a plus de collaboration que de compétition.

Je pense que nous vivons toujours dans une société patriarcale. J’ai d’ailleurs été choquée quand j’ai vécu à Londres, de voir qu’il y avait si peu de femmes aux postes de senior managers. Je crois qu’il y a encore un besoin pour les femmes de travailler plus dur pour être reconnues. Nous sommes très émotives, donc lorsque nous rencontrons un investisseur, nous n’avons pas le même aplomb que nos homologues masculins. Nous arrivons tout en douceur. Je pense donc que nous devons être authentiques, mais tout en faisant attention à ne pas nous montrer vulnérable, que ce soit sur le lieu de travail, ou quand nous cherchons des financements. Nous devons apprendre à avoir nous aussi cet aplomb et aller droit au but.

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