Vuyo – rédactrice et co-fondatrice d’un journal

Vuyo

Vuyo a 19 ans et vit dans le Township de Kayelitsha. Avec quatre amis, elle a créé une entreprise de communication et est principalement en charge de la création d’un journal pour le township.

Pour commencer, raconte-nous un peu ce que tu fais

Avec quatre de mes amis, nous venons tout juste de créer « 14 corporated », une entreprise de branding et communication pour le township. Un de nos projets est la création d’un journal que nous allons lancer en novembre prochain : Times of Ulutcha (Ulutcha=jeunesse en Xhosa). Nous voulons mettre en avant et réfléchir au concept général de créativité – pas seulement celle que vous retrouvez dans les grafitis, mais la créativité de celui qui peut résoudre des problèmes. Par exemple, un entrepreneur est quelqu’un de créatif. Je suis en charge de ce projet, c’est un peu mon bébé.

Quand avez-vous démarré ?

Nous avons enregistré notre entreprise il y a deux mois et demi. Donc nous en sommes seulement à nos débuts ! Devenir entrepreneur ne s’apprend pas dans les livres. Je suppose que c’est surtout savoir s’entourer des bons amis, de gens qui vous inspirent, et qui vous poussent à aller encore plus loin. Il faut être à leur écoute, car nous créons tous type d’événements pour notre communauté (musique, sport…)

Nous sommes ainsi cinq co-fondateurs :

Je gère le projet du journal et j’écris les articles. Bandilé gère les parties finance et administrative. Yonela s’occupe de la photographie et Asanda de l’organisation des événements. Ayanda, quant à lui, garde un œil sur tout, et particulièrement sur le design (cartes de visites, affiches…)

Quelles ont été tes motivations pour te lancer dans une telle aventure ?

Je crois que c’était cette idée de journal pour les jeunes, car s’il n’existait pas de journaux locaux, on entendrait seulement parler de ce qui va mal au sein du township. Je suis fatiguée d’entendre chaque jour aux nouvelles qui a tué qui, qui a violé qui. Je vis à Kayelitsha depuis 19 ans, donc j’ai grandi avec ces sombres histoires. Je veux de la lumière, de l’optimisme ! La plupart des gens associent Kayelitsha aux gangsters, à la pauvreté et aux crimes. Mais ils oublient tout ce qu’il y a de positif ! Or de belles initiatives existent, par exemple ces étudiants de l’université qui prennent de leur temps pour faire du tutorat à des lycéens. Ce genre d’initiatives doit être valorisé!  Nous avons les moyens, le réseau, alors pourquoi ne pas nous lancer ? Avec le soutien de nos parents et de notre communauté, observons et partageons les changements que nous souhaitons pour le township !

Nous avons été victimes d’un cambriolage il y a trois semaines. On nous a tout pris : nos téléphones, nos ordinateurs, ma tablette, le portefeuille de mon collègue… Nous ne voulons pas être un produit de ce genre d’événements, nous voulons être un produit de ce qui se fait de bien ! Et il y a tellement de compétences et de créativité au sein du township…Le problème c’est que les opportunités sont méconnues à cause du manque d’accès à l’information. C’est pour cela que nous souhaitons communiquer. Nous aidons par exemple les start-ups à mettre en place et à améliorer leurs stratégies de communication. Nous agissons particulièrement auprès de nos aînés. En effet, ils sont habitués à procéder à leur façon, et comme cela fonctionne, ils sont réticents à utiliser les nouvelles techniques de marketing. Mais ils en sont toujours au même stade qu’il y a cinq ans…Nous essayons donc de rassembler tout ce qui est nouveau pour qu’ils puissent petit à petit communiquer efficacement.

 Comment concilies-tu ton statut d’étudiante avec celui d’entrepreneure ?

J’étudie le marketing et la vente à l’université de Cape Town. J’ai des cours le WE mais le reste de la semaine je suis au Hub. J’écris aussi des articles en free-lance, ce que je peux faire n’importe quand, n’importe où. J’ai un emploi du temps chargé mais j’aime ce que je fais ! Et puis, il y a 24 heures dans une journée donc je trouve le temps de faire ce qui doit être fait !

As-tu reçu le soutien de tes parents ?

Mes parents me soutiennent énormément, même si au début ils étaient assez hésitants. Nous avons commencé sans argent, mais nous voulions en gagner donc c’est ce que j’ai mis en avant pour les convaincre de la valeur de notre travail. Nous avons été capables d’organiser un événement national. Tout cela leur a montré que nous n’étions pas juste en train de nous amuser entre amis. Et nos parents se connaissent tous entre eux, ce qui rend les choses plus faciles. Ils ont hâte de voir le journal. En fait, ce sont même nos meilleurs promoteurs : ils en parlent à tout le monde ! Donc c’est aussi beaucoup de pression pour nous.

Et comment financez-vous votre entreprise ?

Nous avons seulement trois mois d’existence. C’est difficile d’aller demander à de grosses entreprises des partenariats, car nous n’avons pas beaucoup d’expérience. Nous sommes guidés par la passion mais nous manquons encore de compétences en management pour pouvoir faire de notre entreprise un business pérenne. Cependant, nous avons co-organisé avec le HubSpace un événement national il y a deux semaines, le « Hookup diner ». Nous avons rencontré une entreprise intéressée pour nous financer, et nous avons rendez-vous avec eux la semaine prochaine !

Avez-vous reçu de l’aide pour vous lancer?

Nous n’avons pas reçu d’aide pour la création de notre entreprise. Mais nous savons qu’il existe de nombreuses structures telles que le Fond Sud-africain pour la Jeunesse, des partenariats possibles avec la ville de Cape Town… C’est le genre d’information auxquelles nous avons accès et que nous souhaitons partager dans notre journal !

Comment as-tu connu le HubSpace ?

Un de mes collègues avait l’habitude de venir travailler ici chaque jour. Je pensais que c’était seulement un espace avec internet car il n’arrêtait pas de me vanter le fait qu’il y avait du wifi ! Ah le wifi ! C’est un peu un besoin crucial. Du coup je suis venue voir à quoi ressemblait ce lieu, et j’ai découvert cet espace de co-création, qui est tellement cool ! Deux mois plus tard, le HubSpace à organiser un concours de pitch, et nous avons remporté un sponsoring de six mois pour travailler ici… avec du free-wifi !

Quelle est ton ambition pour ce journal ?

Après la première édition en novembre, le journal sera publié chaque mois et distribué gratuitement. Ce sont les publicités et nos partenaires qui le financeront et c’est comme cela que nous pensons générer du profit. Nous allons commencer à distribuer 10 000 exemplaires papiers dans quatre provinces, mais ensuite nous voulons nous étendre. Et le journal sera également disponible en ligne !

 Quelles sont selon-toi les qualités que doit avoir un entrepreneur pour réussir ?

Il faut réussir à s’auto-discipliner, car si tu n’as pas de raisons de te lever le matin, personne ne te réveilleras à ta place ! Cela demande de la persévérance, car ce n’est pas facile tous les jours… Il faut constamment se motiver. De plus, je me suis rendue compte que beaucoup d’entrepreneurs installés depuis longtemps pensent qu’ils savent tout et qu’ils n’ont plus besoin d’apprendre. Mais je pense qu’il faut être ouvert pour recevoir des conseils et s’améliorer continuellement. Il faut également apprendre à être pragmatique et à faire avec peu de moyens pour que votre business survive. Enfin, je crois qu’il faut être passionné car il y a parfois peu de rentrées d’argent… dans ces cas-là, c’est votre envie qui vous permettra de trouver les ressources nécessaires, et cela en une journée de seulement 24 heures!

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