Xolaswa – Purpose for Women Network

xolaswa

A l’Impact Hub de Johannesburg, nous avons rencontré Xolaswa, la community manager. Mais Xolaswa est également entrepreneure. Elle a d’ailleurs deux projets en cours : un « Mum & Baby Hub » et un réseau de femmes visant à réaliser des rêves.

Comment vous êtes-vous lancée dans ces deux projets ?   

Comme je suis moi-même une maman, je voulais créer un environnement où je pourrai allier vie personnelle et professionnelle. J’ai démissionné il y a quelques années. Je travaillais en entreprise mais je voulais pouvoir passer plus de temps avec mes enfants. C’était difficile pour moi de jongler entre mon désir de carrière et ma volonté d’être une bonne mère. Et j’ai découvert en discutant avec d’autres femmes que c’était difficile pour elles aussi : elles devaient régulièrement choisir entre assister à l’évènement sportif de leurs enfants et leur travail, pouvaient s’inquiéter lorsqu’ils étaient malades… Je me suis donc demandé « comment aide-t-on les femmes qui souhaitent poursuivre leur carrière  tout en étant présentes pour leurs enfants ? ». D’autre part, le coût élevé de la garde d’enfants était un autre obstacle.

C’est comme ça que l’idée du « Mum & Baby Hub » est née : ce sera un espace de travail avec une garderie attenante. Cette communauté donnera la possibilité aux mères et à leurs enfants de travailler, jouer et grandir ensemble. Ce projet devrait prendre forme d’ici la fin de l’année.

Mon autre entreprise s’appelle « Purpose for Women Network » : c’est un réseau qui aide les femmes à réaliser leur rêve, qu’il soit personnel ou professionnel. Il s’agit vraiment d’avoir un rêve et de travailler pour pouvoir le réaliser et le vivre ! Nous utilisons différentes méthodes comme des workshops, des séminaires, des programmes de coaching…

Une fois encore, cette idée me vient de mes propres désirs : je viens d’un township, connu actuellement pour être une zone d’extrême pauvreté, de violence et toute sorte de problèmes et choses négatives. Mais ces zones ne sont pas connues pour leurs habitants et leurs rêves. Les gens veulent venir nous sauver. Mais nous ne sommes pas des assistés : oui, nous avons besoin d’aide pour trouver la bonne direction à prendre mais ensuite, notre envie nous permettra d’y arriver par nous-même.

Selon moi les femmes et les jeunes filles sont marginalisées, pas uniquement parce qu’elles viennent d’une communauté pauvre mais de manière générale. On entend souvent dire « tu ne peux pas réaliser cela, tu ne peux pas faire cela »… Nous sommes dépendantes de l’aval d’autres personnes, qui nous donnent leur accord ou leur bénédiction et déterminent ce qu’on peut faire ou non. Donc ce réseau vise vraiment à créer un environnement propice  à l’action des femmes, en leur fournissant les ressources dont elles ont besoin. C’est aussi une communauté au sein de laquelle nous pouvons partager, nous entraider…

Je suis donc vraiment passionnée par les réseaux, les communautés qui partagent les mêmes idées, valeurs ou passion pour résoudre les problèmes du monde.

Quand avez-vous lancé le réseau « Purpose for Women Network » ?

Nous avons commencé en mai 2014. J’en ai rêvé et, le lendemain matin, j’en ai parlé à ma tante (avec laquelle j’ai co-fondé le réseau) qui a tout de suite été emballée. Puis j’ai commencé à en parler autour de moi, et c’est ainsi que le premier évènement a été lancé.

Nous avons déjà effectué une série de workshops autour des problèmes rencontrés chaque jour par les femmes. Par exemple, l’importance de notre rapport à notre image : quand vous vous regardez dans le miroir, vous n’avez généralement pas la force de rêver à une autre vie. C’est un problème qu’on doit commencer à prendre en compte et à résoudre. Pas en mettant du maquillage, mais en se demandant quel message nous souhaitons renvoyer aux autres à travers notre façon de nous habiller, de communiquer…

Passé ce cap, on peut envisager les choses de manière plus globale : quel est notre rêve, que faisons-nous tous les jours pour l’atteindre ? Comment changer nos habitudes pour les aligner avec notre objectif ? Le but est de vous amener à un point ou vous croyez en vos capacités à réaliser ces rêves et où vous commencez à agir dans ce sens.

Qui délivre les différents workshops ?

Cela dépend du sujet. Quand je ne suis pas qualifiée pour le faire (par exemple en finance), nous invitons un partenaire extérieur, ayant plus de crédibilité pour délivrer la session. Le mois dernier par exemple, nous avons fait venir un conseiller en image.

Je délivre malgré tout certaines sessions quand je connais bien le sujet, par exemple les sessions liées au développement personnel. En effet, mon expérience professionnelle tourne autour du développement personnel et du développement de carrière. J’ai fait des études de ressources humaines. Pendant longtemps j’ai géré les programmes de stages pour mon entreprise. Nous accueillions les étudiants à la sortie de leurs études et les placions dans le milieu de l’entreprise pour qu’ils acquièrent l’expérience dont ils auront besoin pour postuler à  un emploi. J’ai aussi une expérience en tant que formatrice.

Dans tous les cas, j’ai un rôle de facilitateur : je défini les sujets des sessions, cherche les partenaires et les connecte avec les femmes du réseau.

Comment générez-vous des revenus avec cette activité ?

Comme nous venons de débuter l’activité, les revenus que nous générons sont minimes et proviennent des évènements que nous organisons. Mais nous avons le désir de rendre cette activité pérenne. Nous sommes en train de travailler sur notre business model et de réfléchir à un plan stratégique.

Quels sont vos objectifs pour le futur ?

Pour le moment nous opérons à Joburg qui est un peu notre zone test. Si le modèle fonctionne, nous l’étendrons à d’autres zones. J’ai choisi de procéder ainsi car je peux contrôler l’activité et effectuer les modifications nécessaires avant d’exporter le programme. Mais notre objectif serait de devenir un réseau global. Si nous créons un modèle qui fonctionne, nous pourrons le répliquer absolument partout, par exemple au Kenya. En effet, avec les nouvelles technologies de l’information, le monde s’est rétréci et nous pouvons utiliser ces outils pour nous connecter avec toutes les femmes et jeunes filles du monde. Pourquoi ne pas nous étendre ?

Quel est votre point de vue concernant l’entrepreneuriat féminin et l’autonomisation des femmes ?

Pour moi l’entrepreneuriat crée un environnement où les femmes peuvent véritablement faire ce qu’elles ont envie.

Les gens pensent souvent à étudier, obtenir leur diplôme et chercher un travail. Or, l’environnement a changé et nous pouvons maintenant créer notre propre travail. Les femmes sont pleines de ressources. Nous avons des pâtissières, des couturières… En vous appuyant sur vos points forts, vous pouvez créer un modèle qui vous permet de générer des revenus pour vous et votre famille.

Quelles sont selon vous les qualités d’un entrepreneur ?

Pour moi l’atout le plus important de l’entrepreneur est sa vision. Il faut commencer par définir précisément qui l’on est et ce que l’on veut. Quel héritage voulons-nous laisser ? Quel type d’entreprise voulons-nous créer pour réaliser cette vision ?

Par exemple dans mon cas,  ma vision est de créer un environnement ou les gens peuvent réaliser leur rêve et donner du sens à leur vie. Les entreprises que je crée réalisent donc cette vision. Donc mon entreprise et mon engagement sont en adéquation avec mon but dans la vie.

Après cela, il faut identifier nos « âmes sœurs », c’est-à-dire les personnes qui partagent notre vision et avec lesquelles nous prouvons nous associer. En effet, nous n’avons pas toujours toutes les compétences ou les fonds nécessaires pour atteindre seul les objectifs que nous nous sommes fixés.

Une fois tout ce travail préalable effectué, vous pouvez réfléchir au business en lui-même : quel problème résolvez-vous ? Car, selon moi, pour que votre entreprise ait du sens, il faut qu’elle résolve un problème. Le business  model permet ensuite de définir comment générer de l’argent, comment vendre votre produit, et trouver les partenaires dont vous aurez besoins… Vous devez avoir une image claire de votre entreprise avant de la lancer.

Enfin, ne restez pas avec votre idée pendant vingt ans en essayant de l’améliorer pour qu’elle soit parfaite avant le lancement. Sortez, parlez à vos cibles et à votre marché. Changez ce qui a besoin d’être changé et faites la différence !

Qu’elle est la partie la plus difficile dans le lancement d’une entreprise ?

Je pense que cela commence avec vos doutes personnels. Vous avez cette brillante idée mais vous pensez que ce n’est pas réalisable avant même de l’exposer à d’autres personnes. Or c’est parce que vous doutez que les autres penseront que votre entreprise est vouée à l’échec.

C’est vraiment un travail de tous les jours sur votre propre estime. Vous devez être convaincu que cette idée changera le monde et fera la différence… et la partager avec confiance. Ecoutez les critiques constructives et faites les modifications nécessaires. Mais quoi qu’il arrive accrochez-vous à votre idée initiale, votre plan, votre vision. Accrochez-vous car si 100 entreprises vous disent non, la 101e dira oui.

Un mot de la fin ?

Poursuivez votre vision ! Certaines personnes désespèrent très vite et changent leur vision pour attirer les financements. Elles arrivent généralement à un point où leur entreprise ne les représente plus.

Et si les financements ne viennent pas, ne perdez pas votre temps et commencez de rien. Faites grandir votre entreprise pas à pas, et développez votre crédibilité. Vous prouverez ainsi qu’il y a un marché, un besoin, et comment vous fonctionnez. Cela attirera les investisseurs et vous pourrez même peut-être vous permettre d’être sélectif, et dire non à ceux qui ne partagent pas vos valeurs.

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