Suraiya – Space Solutions

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Pouvez-vous nous parler de votre entreprise ?

Nous vendons des tables et des chaises pliantes. Nous avons uniquement 4 produits : 3 tailles de tables différentes et un modèle de chaise. Notre nom est Space Solutions.

Nous avons commencé il y a deux quand nous avons identifié un besoin pour le mobilier pliant de bonne qualité.

Comment avez-vous identifié ce besoin ?

Mon mari travaille dans le domaine du mobilier. Nous avons remarqué ce besoin pour les campeurs, les gens ayant une petite surface habitable… Nous avons-nous même expérimenté ce besoin de chaises ou tables supplémentaires quand nous recevons des invités car nous vivons dans une petite maison et n’avons pas beaucoup de zones de stockage. Nous avons trouvé notre bonheur en Afrique du Sud car nous ne trouvions rien de semblables ici au Zimbabwe. Quand nous avons commencé, nous étions donc la seule entreprise à proposer ce genre de produits.

Quelles ont été vos motivations pour démarrer ?

J’ai été enseignante pendant 10 ans. J’ai eu mon premier enfant il y a 5 ans et j’ai continué à travailler. Mais j’ai toujours eu le sentiment que je devais passer plus de temps avec lui. Et l’enseignement est un métier prenant. Quand j’ai eu mon deuxième enfant, j’ai décidé de quitter mon emploi. Et après quelques mois à la maison, j’ai vraiment ressenti le besoin de faire quelque chose, une activité moins prenante qui me garderait occupée tout en me permettant de passer du temps avec mes enfants.

Nous avons donc commencé comme cela, avec une toute petite structure, quelques tables et quelques chaises… Puis nos ventes ont décollées rapidement car nous étions les seuls sur le segment. Nous ne nous attendions pas à cette expansion. Nous sommes devenus plus officiel, nous avons développé un logo, des flyers et notre communication en général. En regardant le marché nous avons remarqué qu’un certain nombre de personnes avait ce besoin et c’est ainsi que nous nous sommes développés.

Nous avons un entrepôt et nous avons maintenant un showroom. Nous ne vendons plus uniquement à des personnes individuelles mais à des écoles, des entreprises, ONG, au gouvernement… Comme nous étions les premiers sur le marché, nous avons eu l’occasion de nous établir solidement et de nous identifier comme les leaders en matière de mobilier pliant.

Nous avons également pris le parti de vendre uniquement du matériel de très bonne qualité, chose que les gens apprécient particulièrement.  Nous importons nos produits de Malaisie. Nous avons un contact là-bas et nous passons par lui pour tous nos achats.

Pensez-vous que la communauté et le bouche à oreille aient joué un rôle important dans le développement de votre entreprise ?

C’est sûr. Au Zimbabwe, nous avons une chaine de télévision et de radio nationales mais elles ne sont pas très suivies. Donc faire de la publicité à la télévision ne vous permet pas d’atteindre un grand nombre de potentiels consommateurs et ne vous donne pas beaucoup d’exposition médiatique. Il en est d’ailleurs de même avec les journaux !

Au Zimbabwe, nous accordons énormément d’importance au bouche à oreille et parlons facilement de « où as-tu acheté cette table », « sais-tu où je peux acheter cela »… Même les écoles parlent entre elles pour savoir où acheter leur matériel ! Il y a donc un véritable réseau interne entre les gens. C’est une très bonne chose ! En tant qu’entreprise vous devez malgré tout y prendre garde et toujours faire attention à votre réputation. C’est pour cette raison qu’il est important d’avoir des produits de grande qualité, les gens ne pourront en dire que du bien et cela développera vos ventes. En revanche, si un seul de vos clients n’est pas satisfait, l’information se répendra très rapidement et constituera une très mauvaise publicité !

Mais dans notre cas, la communauté a été primordiale et est la raison de notre succès.

Comment se porte le business ?

Le business se porte bien. L’économie du pays est assez fluctuante et affectée par de nombreux facteurs comme la confiance des consommateurs. Cela joue nécessairement sur notre activité et l’enclin des gens à dépenser. Car si la période est incertaine, ils auront tendances à économiser. Janvier et février sont toujours des mois plutôt calme alors qu’en mars, avril, mai, les ventes remontent. Cette année étonnement, juin et juillet ont été très calmes. Mais heureusement, tous les clients ayant fait établir des devis en mai/juin, sont revenus pour acheter. Cela est assez commun au Zimbabwe : les gens viennent voir les produits, font des devis et achètent quelques temps plus tard, lorsqu’ils ont les fonds disponibles.

Vendez-vous en dehors d’Harare ?

Nous vendons également à des personnes n’habitant pas Harare, des clients de Mutare, Bulawayo… Cela représente une petite partie de notre activité, notamment à cause des coûts du transport. L’autre aspect qui affecte nos ventes à l’extérieur d’Harare est que les gens aiment voir ce qu’ils achètent. Malheureusement nous n’avons pas encore atteint le stade où nous avons des représentants dans chacune de ces villes.  Notre objectif à court terme est justement d’ouvrir une nouvelle antenne pour Space Solutions à Bulawayo, qui aurait des échantillons de chacun de nos produits. Les habitants pourraient alors voir le mobilier avant de nous passer commande.

Comment pensez-vous recruter le nouveau responsable pour Bulawayo ?

Nous commençons bien entendu par rechercher quelqu’un parmi nos connaissances. J’ai un peu de famille là-bas et nous marchons beaucoup aux recommandations. Mais c’est une nouvelle antenne pour mon business et jusqu’à maintenant j’ai absolument tout fait par moi-même : je réponds à chaque email, coup de téléphone, parle à chaque client, je fais chaque livraison… Donc cela va vraiment être un challenge pour moi de transmettre ma vision et mon entreprise à quelqu’un d’autre. Mais pour des questions de logistique, et parce que je ne peux pas être à deux endroits à la fois, j’ai besoin de trouver quelqu’un. Nous cherchons donc quelqu’un de confiance, qui partage mes valeurs et qui puisse porter mon entreprise en mon nom et répondre à mes standards très élevés.

Quels ont été vos plus gros challenges ?       

Il y a toujours des challenges, en premier lieu financier, lorsque vous créez votre entreprise. Il s’agit de mettre vos économies dans une activité, vous devez donc y croire vraiment. Dans notre cas, le marché était tel que nous avions de la place pour l’expérimentation… C’est pour cette raison que nous avons commencé très petit. Nous avons investi très peu au début et quand nous avons vu notre succès, nous étions en confiance pour investir plus d’argent dans Space Solutions.

Nous avons beaucoup hésité quant au choix de notre lieu de travail et de vente. Les locations de locaux commerciaux de type magasins sont très chères (entre 1000 et 3000$ par mois) mais ne vous offrent pour autant la garantie d’attirer assez de clientèle pour rentrer dans vos frais. C’est pour cette raison que nous avons choisi de construire un showroom directement chez nous. Mais cette solution amène aussi son lot de challenges : je ne travaille pas de la maison, je vis dans l’entreprise ! Mes enfants habitent ici, j’ai des clients qui entrent et qui sortent… Et parfois je ne peux commencer à répondre à mes emails, travailler sur notre communication etc. qu’une fois mes enfants couchés à 20 heures, et je reste debout jusqu’à 1heure.

Réussir à équilibrer ma vie de famille et mon travail est aussi un challenge personnel. A l’origine je pensais pouvoir être une mère à plein temps et juste avoir cette activité, vendre quelques tables de temps en temps… Puis le business s’est tellement développé ! Je n’aurais jamais imaginé que cela marcherait aussi bien. Je ne voulais malgré tout pas abandonner ce filon, je ne me voyais pas refuser cette réussite ! J’ai donc dû apprendre à jongler entre mon rôle de mère et la gestion des clients tout aussi exigeants que mes enfants, voire plus !  En effet, si un client sonne à votre porte, vous devez laisser tomber ce que vous êtes en train de faire sans quoi vous ratez une vente. Je pense donc que cela demande des sacrifices de gérer une entreprise en tant que mère.

Quelles sont les principales qualités pour réussir ?

Cela sonne un peu cliché mais je dirais l’engagement ! Comme je le disais, il faut vous préparer à faire de sacrifices ! Par exemple, j’ai une super domestique qui s’occupe parfois de faire des sandwichs pour mes enfants quand ils vont à l’école. Et c’est quelque chose que j’adore faire, mais certains jours, je n’ai juste pas les 5 minutes nécessaires pour m’en occuper !

Vous devez aussi apprendre à laisser les autres faire le travail. Pour l’instant, je suis toujours dans une phase où je contrôle absolument tout et supervise le moindre aspect de notre activité. Mais je sais que je devrais apprendre à déléguer au fur et à mesure que nous grandirons.

Par exemple, je me charge actuellement de la moindre livraison. Je vais prochainement devoir faire appel à un chauffeur pour s’en charger. Mais parce que je me déplace pour leur donner la facture en personne, je parle aux clients, m’intéresse à eux, leur pose des questions sur comment ils vont utiliser le matériel… Et c’est d’ailleurs une chose que j’adore au Zimbabwe : les gens s’ouvrent à vous, aiment vous connaitre un peu plus personnellement et dépasser la relation purement professionnelle. J’aime cette idée de se faire des « amis professionnels » et cela aide également votre business car les gens seront plus enclins à parler de vous et de votre entreprise. C’est ainsi que votre réseau s’agrandit : votre client sera heureux, en parlera à ses amis et sa famille et cela permet de répandre le mot.

Selon moi, c’est la force de notre entreprise : l’implication dont nous faisons preuve auprès de chaque client. Donc même si à termes je ne me chargerai probablement plus de l’intégralité des opérations, je pense qu’il faut rester très présent et superviser l’ensemble sans laisser aveuglement quelqu’un d’autre faire le travail.

Mon entreprise est un peu comme mon troisième enfant ! Et comme je surveille chaque aliment ou boisson que mon enfant ingurgite, je gère chaque aspect de mon entreprise : cela demande autant d’attention ! Nous devrions donc véritablement, en tant que femmes, traiter notre entreprise comme notre bébé afin de s’assurer de son succès : pour nous, mais aussi pour notre famille.

Je ne sais pas si c’est la bonne réponse ou même si je suis véritablement un exemple de réussite, mais je pense que ce sont les éléments qui fonctionnent pour moi.

Que pensez-vous de l’entrepreneuriat féminin au Zimbabwe ?

Sans vouloir jouer la féministe, je pense que les femmes ont une perspective différente des choses. Nous savons construire un foyer, élever des enfants et nous savons donc faire grandir un business. Et en tant que mère, je pense que nous savons déjà faire des sacrifices car nous en faisons pour nos enfants.

Il y a énormément de  femmes entrepreneures au Zimbabwe ! J’en ai d’ailleurs rencontré beaucoup, malgré le fait que la culture shona soit encore relativement machiste. Les femmes ont leur rôle, les hommes le leur : ils doivent ramener l’argent à la maison, tandis que les femmes doivent être à la cuisine.

Pour ma part, je suis d’origine indienne mais j’ai toujours vécu au Zimbabwe. Les hommes vous regardent et vous demandent : « Tu travailles ? Qui prend soin de ta maison et de tes enfants pendant que tu gères ton entreprise ? » . Malgré cela, beaucoup de femmes se libèrent de ce stéréotype et répondent « Non, nous voulons tout ! ». Nous avons de plus en plus d’exemples de femmes qui réussissent : notre culture  est en train d’évoluer et rend possible l’accomplissement de la vision masculine sur ce que nous devrions faire et notre besoin d’avoir une carrière. Toutes les femmes ne peuvent peut-être pas se le permettre mais pour celles qui ont l’énergie nécessaire, pourquoi pas ?

Avez-vous reçu de l’aide d’une quelconque structure extérieure ?

Nous n’avons reçu aucune aide et je n’ai pas véritablement cherché. Nous avons financé notre activité avec mon mari. Saaid avait l’expérience nécessaire car il travaille dans le domaine du mobilier et s’y connait en importation, stockage… J’ai donc acquis ces compétences auprès de lui. Et j’ai complété cet apprentissage par moi-même au fur et à mesure !

Mon père m’a toujours dit « tu vas à l’université et tu intègres toutes ces connaissances mais au final, la vraie réussite, c’est d’être son propre patron ! ». Et effectivement, vous pouvez toujours brandir votre diplôme pour montrer que oui, vous avez fait des études, votre vraie valeur c’est votre expérience et en particulier lorsque vous créez votre entreprise !

J’avais pour habitude de passer les weekends au magasin de tissus de mon père. Je savais enrouler, couper, je connaissais les différents matériaux… Mais surtout j’ai appris à parler aux clients. Toutes ces choses semblent très « mignonnes » mais en réalité c’est une expérience de valeur. A l’époque, je ne me rendais pas compte que mes parents m’enseignaient ainsi de précieuses compétences mais je l’apprécie aujourd’hui à sa juste valeur ! Je pense que chaque expérience, même « dérisoire », vous forme, modifie votre vision de vous-même et, plus tard, votre façon de gérer votre entreprise.

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