Tutu – Hair saloon

TUTU

Tutu a accepté de nous recevoir dans son salon à Bulawayo pour nous parler de ses débuts en tant qu’en entrepreneure.

Pouvez-vous nous parler un peu de votre entreprise ?

Je suis la gérante d’un salon de coiffure dans le centre-ville de Bulawayo. Nous faisons salon de coiffure pour homme et femme, barbier et salon de beauté. Nous avons également un espace à l’avant de la boutique où nous vendons certains objets ou vêtements.

J’ai créé ma première entreprise il y a 7 ans. A l’époque, je vendais des vêtements sur le marché. C’est d’ailleurs grâce à cette expérience que je possède mon propre salon aujourd’hui : comme les affaires marchaient bien, j’ai décidé de rechercher des locaux commerciaux pour m’installer et développer mon activité.

Actuellement, j’emploie trois personnes qui travaillent à plein temps en tant que coiffeuse femmes, coiffeur hommes et barbier.

A quels challenges avez-vous fait face ?

La transition entre le marché et le salon a été assez difficile. En effet, mon ancienne activité était facile et intuitive. Je travaillais seule, achetais des vêtements à l’étranger, notamment en Angleterre et les revendais ici, au Zimbabwe. Comme je n’avais pas de loyer, je rentrais facilement dans mes frais et générais des bénéfices. Mais je recherchais justement plus de challenges et une certaine progression de mon activité, d’où ma recherche de locaux.

Au début, j’avais beaucoup de clients. Mais j’ai découvert rapidement que ce lieu présentait bien des désavantages. En effet, les anciens locataires n’avaient jamais payé leur facture d’électricité et mes premiers mois dans les locaux ont été rythmés par les coupures de courant. Or c’est un aspect primordial pour un salon de coiffure : sans électricité, vous ne pouvez tout simplement pas travailler. Malgré mes multiples demandes, les propriétaires n’ont pas réagi et le problème n’est toujours pas réglé. J’ai perdu de nombreux clients, mais aussi des employés et mon entreprise a été très affaiblie.

Que pensez-vous de la situation des femmes entrepreneures ?

Être une femme d’affaire est un challenge en soi. En effet, les gens n’hésitent pas à tirer avantage de la situation et à vous escroquer s’ils en ont l’occasion. Par exemple, quand je suis arrivée ici, les propriétaires me demandaient un loyer bien plus élevé que la moyenne, juste parce qu’ils avaient remarqué que je ne connaissais pas les prix du marché et que j’étais prête à tout pour ouvrir cette boutique ! On m’a également demandé des frais supplémentaires « d’installation » parfaitement illégaux que j’ai payé sans rechigner, encore une fois par manque de connaissances.

D’autre part, les gens pensent souvent en vous voyant que vous êtes riches, que vous réussissez… Ils n’imaginent pas les difficultés que vous pouvez rencontrer ou que votre entreprise peut parfois ne pas être rentable.

Enfin, je pense que dans l’ensemble, les femmes entrepreneures sont encore assez limitées à des entreprises de petite échelle.

Avez-vous reçu de l’aide dans la création de votre entreprise ?

Ma famille m’a aidé au niveau du financement. J’ai également obtenu un crédit de la  part d’une banque locale, la CBZ.

Concernant les connaissances théoriques, je n’ai reçu aucune aide jusqu’à présent. Mais je pense malgré tout que c’est la bonne chose à faire. Parfois, vous devez admettre avoir besoin d’aide pour renforcer votre entreprise et la rendre rentable. Pour être honnête, si la situation s’améliore et que j’ai l’occasion de sortir la tête de l’eau, je pense que je me rendrai à des formations théoriques sur la gestion d’entreprise. J’ai déjà le contact d’une personne travaillant pour une structure aidant les femmes entrepreneures et je pense que je me tournerai vers elle.

Quelles sont selon vous, les qualités d’un/d’une entrepreneure ?      

Je pense que l’éducation est primordiale et permet de vous éviter de subir toute sorte d’abus. J’ai pour ma part été à l’école mais pour des raisons personnelles, je ne préfère pas aborder le sujet de mon parcours. Tout ce que je peux vous dire, c’est que je viens d’Afrique du Sud. J’ai toujours été une femme forte : avant même d’être mariée, je savais me débrouiller, générer mes propres revenus et je possédais même ma propre maison ! Au Zimbabwe, les hommes ont tendance à penser qu’ils doivent prendre soin de nous mais si vous voulez réussir, vous ne devez pas les laisser vous dominer ! Vous devez prouver que vous êtes une femme forte et imposer le respect.

Avez-vous un conseil pour une femme qui souhaiterait se lancer dans l’aventure entrepreneuriale ?

Vous devez avoir assez d’argent pour pouvoir investir suffisamment dans votre entreprise.

D’autre part, il faut vraiment prendre garde aux documents qu’on vous présente : vous devez les lire et les comprendre avant de signer. Il ne faut pas hésiter à prendre un avocat ou demander de l’aide si vous n’avez pas les connaissances nécessaires pour gérer une situation. Enfin, ne laissez personne vous marcher sur les pieds et ne laissez pas les hommes vous diriger.

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