Zimbabwe – Situation actuelle

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Maintenant sorties du Zimbabwe, nous pouvons donc reprendre où nous nous étions arrêtées : en 1980, au moment de l’indépendance du Zimbabwe.

A cette époque, le Zimbabwe est en plein essor économique, le salaire moyen augmente et de nouveaux programmes sociaux (notamment en termes d’éducation et de santé) sont déployés. Malgré ces débuts prometteurs, la situation se détériore rapidement.

1980 – 1988 : Les rivalités ZANU / ZAPU :                  

Les anciennes rivalités entre les deux partis, unifiés pour les besoins de l’indépendance, refont rapidement surface. Le conflit se base principalement sur des critères éthniques, le ZAPU étant principalement soutenu par les Ndebeles alors que le ZANU (le parti de Mugabe) est principalement Shona.  La violence dégénère rapidement en conflit armé. Nkomo, leader du ZAPU est accusé de trahison et contraint en exil en Angleterre. De nombreux leaders de l’opposition furent ainsi arrêtés ou éliminés et des milliers de civils massacrés et leurs villages rasés. Ce n’est qu’en 1988, après 25 000 victimes civiles, au vue de l’affaiblissement du pays et par crainte des menaces extérieures, que Mugabe désamorce le conflit en accordant l’amnistie aux opposants du ZAPU, dont Nkomo.

Les années 90 et la réforme agraire :

Entre 1980 et 1987, la population blanche passe de 225 000 à moins de 100 000 personnes. A partir de 1987, cette minorité ne pèse d’ailleurs plus sur la vie politique du pays puisque qu’on leur retire le droit de siéger au Parlement. En revanche, ils continuent à peser économiquement dans la mesure où ils génèrent 80% du PIB. De plus, 4500 fermiers de souche européenne exploitent 49 % des terres agricoles et permettent au pays de garder son autosuffisance alimentaire.

Au début des années 90, et en dépit de la mise en garde du FMI, Mugabe décide de mettre en œuvre sa réforme agraire et de nationaliser la moitié des terres agricoles détenues par les fermiers blancs. Le prix de ces terres est fixé à des prix dérisoires par le gouvernement dans le but de les redistribuer aux populations noires démunies. Cette réforme a un impact catastrophique sur l’économie du pays. En effet, les grandes propriétés, autrefois exploitées à des fins commerciales, sont morcelées et maintenant utilisées dans un but de pure subsistance par les fermiers noirs. Le Zimbabwe perd  50% de ses gains en termes d’échanges internationaux, son autosuffisance alimentaire et se transforme en « food importer ».

1996 – 1998 : Augmentation des tensions politiques et économiques  

De nouvelles élections sont organisées en 1995. Pour parer à la diminution de sa cote de popularité, Mugabe organise une campagne de « vote catching » pour 160 Million de dollar couverte sous un programme « anti-pauvreté » : les populations rurales se voient offrir des indemnités en échange de leur vote.

A la fin des années 90 la situation politique et économique se détériore. De nombreux scandales de corruption éclatent et les pratiques douteuses du gouvernement sont exposées dans la presse : on découvre que les compensations normalement accordées aux vétérans de guerre sont spoliées par le gouvernement, que les payes de ses membres ont augmentées de 130% au cours de l’année passée…

Au niveau économique, l’année 97 marque la chute de la valeur du dollar Zimbabwéen, qui perd 50% de sa valeur face au dollar US. L’augmentation des prix à l’import qui en résulte fait s’envoler les prix des achats basiques, notamment alimentaires.

Les pacifiques Zimbabwéens organisent des grèves, réprimées violemment par la police, afin de montrer leur désaccord.

Les années 2000 : un pays en crise 

En 2003, le pays est au bord de la guerre civile.  Les terres prises aux Blancs restent en friches, les nouveaux fermiers noirs manquent de moyens et de connaissances pour les exploiter à bon escient et la famine sévit dans ce qui était autrefois le « grenier à blé » de l’ Afrique australe.

Des émeutes de la faim et pillages ont lieux dans tout le pays, provoquant des millions de dollar de perte et se soldant encore une fois par une répression sanglante.

En 2005 est également approuvé une révision de la constitution interdisant notamment au Zimbabwéens soupçonnés d’opposition politique virulente de sortir du territoire. Le texte prive également toute personne ayant au moins un parent étranger de droit électoral. Le texte prévoit en outre que toute personne suspectée de porter atteinte aux « intérêts » nationaux puisse être interdite de sortie du territoire (vous comprenez maintenant notre réticence à poster cet article !), violant ainsi le droit de combattre l’oppression inscrit dans les droits de l’homme.

Les élections 2008 et la situation actuelle :

Les élections présidentielles, municipales et législatives du 29 mars 2008 se déroulent dans un contexte économique, politique et social très tendu. Le pays est alors en ruine, avec une hyperinflation annuelle de 165 000 %, quatre adultes sur cinq au chômage, des magasins vides, des pénuries alimentaires et énergétiques à répétition alors que l’ espérance de vie a dégringolé à 36 ans. Le chef de l’état sortant, Robert Mugabe bénéficie du soutien sans faille de la police et de l’armée ainsi que d’un système élaboré de campagnes de répression ou d’intimidation des partis rivaux.

Les élections ont lieu en l’absence de la plupart des correspondants de la presse étrangère et des observateurs européens et américains, le régime n’ayant accepté que la présence d’observateurs de pays africains.

Ces élections constituent néanmoins un revers historique pour le pouvoir en place. Le MDC (mouvement pour le changement démocratique), remporte la majorité des sièges à l’assemblée. Morgan Tsvangirai, son leader, obtient 48% des suffrages contre 43% pour Mugabe. Lors de la campagne du second tour, le pays est le théâtre de violences politiques continues, marquées par des atrocités commises par la police d’État contre des membres de l’opposition et leur famille mais aussi par l’arrestation de ses principaux chefs. Dans ce climat, bien que vraisemblablement majoritaire dans le pays mais craignant pour ses partisans menacés de représailles sanglantes, Morgan Tsvangirai décide à cinq jours du second tour de l’élection présidentielle de boycotter celle-ci, permettant ainsi à Robert Mugabe d’être réélu.

La situation économique ne s’améliore pas : en 2009, un billet de cent mille milliards de dollars Zimbabwéen est mis en circulation, celui-ci ne valant pas plus de 30$ US. Devant l’ampleur de l’hyperinflation, le gouvernement autorise l’utilisation des devises étrangères. Depuis cette date, le Dollar Zimbabwéen a disparu de la circulation au profit du dollar US. Des vendeurs de rue proposent de rapporter comme souvenir du Zimbabwe des billets de mille, un milliard, cent-mille milliard de dollars zimbabwéens !

Le pays tente de se maintenir grâce à son secteur minier ou encore au tourisme qui s’est développé depuis une dizaine d’années, mais le manque d’infrastructures, la fermeture des industries et la fuite des capitaux étrangers ont pour conséquences un taux de chômage actuellement de 80 % ! Le salaire moyen est de 200-300 $ pour un coût de vie presque aussi cher qu’en France, et la plupart des Zimbabwéens évolue donc dans l’économie informelle et multiplient les activités pour générer leurs revenus (cf article sur la ZCIEA)

Les Zimbabwéens n’en demeurent pas moins pleins de ressources, pratiquant le commerce avec le sourire ! Nombre d’entre eux s’appuient sur deux ou trois jobs pour faire vivre leur famille, et nous avons vu à travers nos interviews que, malgré les temps difficiles, ils ne baissent pas les bras et travaillent dur pour construire un avenir meilleur pour leurs enfants !

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