Bolivie – Un peu d’histoire…

la paz

1500 av JC – XIIe s ap JC : La civilisation Tiwanaku

La civilisation Tiwanaku a précédé la civilisation Inca et a connu son apogée du VIIIe au XIIe s.

A partir des rivages du lac Titicaca de la Bolivie actuelle, elle s’est étendue sur l’Ouest du pays, le nord du Chili et le sud du Pérou actuels. Les Tiwanakotas sont les premiers au monde à cultiver de façon extensive la pomme de terre et est considérée comme le premier véritable empire de la région.

Nous avons visité les ruines du site de Tiwanaku, à 72km au Nord de la Paz. L’ensemble est inscrit au Patrimoine mondial de l’Unesco notamment pour sa célèbre porte du Soleil, ou encore ses statues : Les Chachapumas, ces dieux félins au corps humain, ou encore les Anticefalos, ces statues aux deux visages humains qui se font face comme dans un miroir (imitant ainsi le reflet des eaux du lac Titicaca). Hergé s’inspira d’ailleurs de ce site pour sa BD « Tintin et le Temple du Soleil »…

DSC03014 DSC03022

XIIIe-s – XVIe-s : La domination Inca

Le XIIIe-s a marqué l’expansion de l’empire Incas. (Pour plus d’infos sur la période Inca, voir notre article sur l’histoire du Pérou)

1545 – 1825 : La conquête et la domination espagnole 

Après avoir pillé les ressources et gisements d’or et d’argent Incas au Pérou, les Espagnols découvrent le Cerro Rio, cette montagne de 4700m en Bolivie, qui devient le plus grand gisement mondial d’argent.

C’est ainsi que naît la ville de Potosi, tournée vers l’activité minière. Les Espagnols organisent de gigantesques transferts de populations Quechua et Aymara en provenance des vallées et de l’Altiplano et reconvertissent de force les paysans en mineurs, dont des millions mourront d’épuisement dans les galeries. C’est la période du commerce triangulaire, on fait aussi venir des esclaves d’Afrique. Toute l’économie de la région s’organise autour de Potosi qui devient, au début du XIXe-s la plus grande ville d’Amérique latine.

L’argent des mines fait la grandeur de l’Espagne, et surtout de la ville de Séville. Mais il causera également sa chute, le pays s’endettant auprès de ses voisins d’Europe.

1817-1828 : Bolivar et la marche vers l’Indépendance

Simon Bolivar, ce vénézuélien qui séjourna en France et s’y nourrit de l’idéal révolutionnaire de 1789, devint le Libertador d’une grande partie de l’Amérique du Sud, notamment de la « République Bolivar », renommée par la suite Bolivie.

De retour au Venezuela en 1807, il se rallia à la junte qui a déclenché l’insurrection contre l’Espagne. En 1817, avec l’aide des anglais et des élites locales, il libère tour à tour le Venezuela et la Grande-Colombie (Colombie, Panama et Equateur). Avec son ami Sucre, également originaire du Venezuela, il écrase l’armée espagnole en 1822 et entre dans Quito. La bataille d’Ayacucho, gagnée par Sucre, met véritablement fin à la domination Espagnole au Bas-Pérou en 1824, et le Haut-Pérou (actuelle Bolivie) est ensuite libéré.

Bolivar souhaite que les anciennes vice-royautés espagnoles s’unissent et forment un seul Etat : les Etats-Unis d’Amérique du Sud, avec pour objectif de suivre et de rattraper un jour le modèle européen. Mais les intérêts des nouvelles bourgeoisies locales ont raison des rêves du Libertador.

L’indépendance du Haut-Pérou est proclamée en 1825 et prend le nom de Bolivie par fidélité à Bolivar,  tandis que le Bas-Pérou garde le nom de Pérou.

Bolivar ne reste qu’un an en Bolivie, mais lègue aux Boliviens la Constitution de 1826, qui prévoit une réforme fiscale en faveur des Quechuas et des Aymaras, mais qui, inspirée de la Révolution française, maintient cependant la propriété privée. C’est une catastrophe pour les indigènes car elle supprime définitivement les propriétés collectives, ou ayllus, qui avaient survécu jusque-là. C’est l’origine des grandes propriétés, ou latifundias.

Face aux contestations, Bolivar se réfugie au Venezuela et Sucre prend sa place en tant que président de la Bolivie pour deux ans, avant de quitter lui aussi le pays en 1828.

1828 – 1899 : L’extraction minière au centre des convoitises

Après le départ des espagnols, la Bolivie n’a plus accès au mercure espagnol pour purifier le minerai et le pays peine à continuer l’extraction minière. Elle ferme alors ses frontières et essaie de protéger son industrie textile naissante à la Paz et Cochabamba. Les grands propriétaires terriens, ou terratenientes, prennent le contrôle du pays, et petit à petit, des mines d’argent. Vers 1850, le pays s’ouvre à nouveau aux investisseurs étrangers, les coûts du mercure baissent et les innovations technologiques permettent de relancer l’exploitation de l’argent.

En 1870, Anglais et Chiliens découvrent dans le département bolivien du désert d’Atacama des gisements de cuivre et d’or. C’est le début de la Guerre du Pacifique (1879-1984) opposant le Chili au Pérou et à la Bolivie, avec divers enjeux territoriaux. Le Chili remporte la guerre et des territoires péruviens, tandis que la Bolivie perd son accès à la mer.

A la fin du XIXe-s, l’étalon-argent est remplacé par l’étalon-or. Les prix du minerai s’effondrent, frappant de plein fouet la Bolivie.

1900 – 1992 : Des coups d’état militaires à la démocratie

Le XXe-s est marqué par une succession de coups d’états. Depuis son indépendance en 1825, et jusqu’à la restauration du gouvernement civil en 1982, la Bolivie a connu 193 coups d’états, ce qui lui confère le statut du pays le plus instable de la planète.

Les dictateurs dirigent des régimes corrompus, responsables de nombreuses morts et disparitions. En 1982, au retour de la démocratie avec le social-démocrate Siles Zuazo, le pays est touché par 4 milliards de dollars de dette extérieure, une inflation non-maîtrisée, et surtout un véritable réseau de cocaïne,  les trafiquants ayant pu développer leur activité grâce à la connivence du pouvoir ! C’est l’époque de la crise mexicaine et l’économie de tout le continent est au plus bas (« la décennie perdue des années 80 »). Par la suite, la Bolivie survit surtout grâce à la drogue, les scandales se succèdent, l’argent public est gaspillé et l’endettement s’accroît.

1993-1996 : Le tournant

L’année 1993 marque un tournant. Tout d’abord parce que le nouveau président élu, Gonzalo Sanchez de Lozada, désigne au poste de vice-président Victor Cardenas, fils de paysans aymaras du lac Titicaca ! Ensuite, parce que la croissance arrive enfin, ainsi que les investissements. Après 18 ans de démocratie, la Bolivie devient l’un des pays les plus prometteurs du continent. Gonzalo Sanchez de Lozada s’avère être un bon gestionnaire : l’économie est plus saine, plus diversifiée, le pays participe aux échanges Mercosur et compte désormais sur un système monétaire assaini.

Cependant, les problèmes de la drogue, la santé ou l’éducation n’évoluent guère.

1997 : Le retour d’un ancien dictateur

En août 1997, le général Banzer, appuyé par une coalition de plusieurs partis, accède à la présidence. La population redonne ainsi le pouvoir à cet ancien dictateur qui, de 1971 à 1978, avait terrorisé la population, favorisé la corruption de l’Etat  et fait entrer le tristement célèbre Klaus Barbie dans ses services spéciaux… Il prévoit de lutter contre la pauvreté en attribuant des crédits aux petites entreprises et entérine l’éradication forcée des cultures de coca pour sortir la Bolivie des circuits de la drogue. Mais, malade, Banzer démissionne en août 2001, et Gonzalo Sanchez de Lozada est de nouveau élu en 2002. Ce dernier ne restera au pouvoir que peu de temps : l’annonce de l’instauration d’un impôt sur les salaires des fonctionnaires soulève des premières manifestations, puis un projet d’exportation de gaz naturel met le feu aux poudres, les indigènes n’acceptant plus le pillage de leurs ressources. Après la démission de Lozada en octobre 2003, c’est Carlos Mesa qui le remplace jusqu’en 2005.

2006 – aujourd’hui : Evo Morales

Evo Morales, premier indigène (aymara) élu président, porte en lui l’espoir d’émancipation de nombreux sud-américains à l’égard des grandes nations occidentales et de leurs firmes qui ont toujours pillé leurs richesses. Socialiste, Evo Morales rejoint l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (Alba) aux côtés, entre autres, de Cuba, d’Hugo Chavez (Venezuela), de Rafael Correa (Equateur), et de Daniel Ortega (Nicaragua). Il entend redistribuer les richesses et reconnaître les droits des indigènes : il nationalise ainsi les hydrocarbures et l’électricité et met en place des programmes sociaux.

Ces réformes sociales ne sont pas du goût de tous, et la « Media Luna », rassemblement des provinces prospères, soutenu par les Etats-Unis, milite pour une autonomie renforcée des régions (avec en ligne de mire l’argent du pétrole et du gaz). La situation tendue, finit par s’apaiser et la nouvelle Constitution présentée par le Gouvernement en 2009 est plébiscitée par 60% des votants. Elle stipule que les ressources naturelles sont la propriété du peuple bolivien, que l’Etat en assure l’exploitation et la commercialisation. Elle donne une place prépondérante aux « communautés indigènes, à la justice sociale et au rôle de l’Etat », et érige aussi la feuille de coca au rang de « patrimoine culturel ».

En décembre 2009, Morales est finalement réélu à la tête du pays avec plus de 60% des suffrages (78,5% à la Paz !). Mais pour le moment, si Morales promet beaucoup, les choses avancent à petits pas. La réforme agraire n’a pas totalement aboutie, et il reste beaucoup à faire avant que la Bolivie ne se dote des infrastructures, des routes, des hôpitaux et des écoles qui lui manquent. La corruption et le clientélisme gangrènent toujours le pays et les grèves se multiplient.

En décembre 2010, alors que Morales annonce une hausse de 80% du prix du carburant, le pays tout entier s’embrase et Evo doit reculer. Même si Morales a toujours une large popularité, la Bolivie reste un pays déchiré entre la majorité indienne pauvre, et la minorité blanche riche. Certains craignent aujourd’hui une dérive autoritaire du président qui, alors que la Constitution lui interdit, prévoit de se représenter pour un troisième mandat.

La Bolivie aujourd’hui

Depuis les années 1970, l’économie du pays a basculé des Andes vers les plaines de l’Est. La Paz a cédé sa place de capitale économique à la très prospère ville de Santa Cruz qui s’est développée grâce à l’agriculture, au gaz naturel, à l’industrie légère et aux services. Mais malgré le développement d’une toute nouvelle classe moyenne dans cette région, la fracture sociale s’est révélée plus criante que jamais entre les Andes paysannes de l’ouest (majoritairement quechua et aymara) et les plaines de l’est enrichies par le commerce des hydrocarbures. La Bolivie pointe aujourd’hui en 108e position de l’IDH… le salaire minimum n’est encore que d’environ 135€ et 50% de la population bolivienne vit toujours avec moins de 2$ par jour.

Si l’agriculture occupe encore le tiers des boliviens, elle reste souvent vivrière malgré une culture intensive du soja et le développement d’une petite filière d’exportation de quinoa, à la mode sur les étals bio des pays occidentaux.

Bien que le pays compte encore sur son extraction minière, ce sont les hydrocarbures qui tirent désormais l’économie de la Bolivie. C’est en effet la plus grande réserve de gaz naturelle du continent après le Venezuela. Gaz et pétrole représentent ainsi 43% des produits exportés.

Enfin, le nouvel espoir de l’économie bolivienne réside dans ses réserves de lithium. Sous le Salar d’Uyuni, elle possèderait plus du tiers des réserves mondiales de ce métal qui entre notamment dans la fabrication des téléphones et ordinateurs portables. En 2008, le président Morales a autorisé l’exploitation de ce gigantesque gisement en faisant miroiter aux boliviens un nouvel Eldorado. Pourtant, le projet n’en est qu’à ses balbutiements. En effet, le Salar est un espace protégé, la Bolivie manque de compétences techniques pour extraire et traiter le lithium mais le gouvernement souhaite créer une filière nationale et en aucun cas nouer de partenariats avec des firmes étrangères.

 

D’après notre fidèle compagnon, le Guide du Routard 2014-12015

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>