Kallpa

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Kallpa est une ONG nationale qui existe depuis 23 ans et qui a principalement pour objectif la sensibilisation des enfants et adolescents aux thématiques sanitaires. L’association est présente aussi bien à Iquitos, dans la selva, qu’à Cusco et Ayacucho, dans la sierra, ou encore Lima, sur la Costa. Elle couvre ainsi les trois différentes régions du Pérou et adapte ses programmes aux différentes réalités économiques et culturelles. En travaillant aux côtés des jeunes sur des programmes d’éducation à la santé, l’équipe de Kallpa s’est rendue compte qu’il fallait qu’elle intègre à son activité un programme de soutien à l’emploi des jeunes, sujet sensible au Pérou aujourd’hui. C’est ainsi qu’ils ont démarré un travail sur le thème de « l’emploi et l’entrepreneuriat » en 2008, en créant des « centros de jovenes y empleo » (« centres pour les jeunes et l’emploi »), mais aussi en mettant en place l’année dernière un programme dédié spécifiquement aux jeunes femmes entrepreneures.

Rencontre avec Bellen, salariée de l’association Kallpa à Cusco, qui a accepté de nous en dire plus sur ces différents programmes.

Tout d’abord, que sont les « centros de jovenes y empleo » ?

Depuis 2008 nous avons créé deux centres en partenariat avec les municipalités de Cusco et Lima. En effet, l’idée est de montrer que de tels programmes fonctionnent afin d’en faire par la suite des services exclusivement municipaux. Nous offrons trois types de services dans ces centres dédiés aux jeunes :

1)      Un service d’orientation : Nous travaillons avec les jeunes qui viennent chez nous, mais aussi dans les classes de collèges afin de les accompagner dans leur orientation et la définition de ce qu’ils souhaiteraient étudier par la suite.

2)      Un service de soutien à la recherche d’emploi : Nous recueillons les différentes offres d’emplois au sein d’une base de données que les jeunes peuvent consulter afin de trouver ce qui les intéresse. Nous les aidons également à rédiger leur CV et à se préparer aux entretiens d’embauche.

3)      Un service d’accompagnement à la création d’entreprise : Nous offrons aux jeunes des entretiens personnalisés pour les aider à définir leur idée de business. D’autre part, nous organisons des concours d’idées et les meilleures sont sélectionnées pour permettre à leurs initiateurs de participer à un programme « Creando mi negocio » regroupant différents ateliers sur la création d’entreprise et administré par un professeur ayant une maîtrise en gestion.

D’ailleurs, cette année, la quatrième promotion comporte plus de filles que de garçons ! Parmi les différentes activités on compte une créatrice de T-shirt, une conceptrice de rideaux et de lampes, beaucoup d’affaires liées à l’art…

Enfin, au sein de ce service nous avons mis en place un programme spécial, « Nuevos caminos », destiné aux jeunes femmes entrepreneures.

Pouvez-vous nous en dire plus sur le programme « Nuevos Caminos » dédiées aux jeunes femmes ?

Nous pensons qu’outre les jeunes qui viennent frapper à notre porte, nous devons aider ceux qui, pour un motif ou un autre, ne peuvent effectuer la démarche de demande d’aide par eux-mêmes.

C’est le cas par exemple de ces adolescentes femmes de ménage avec qui nous travaillons. Elles viennent souvent des communautés rurales pour travailler à Cusco en tant que femmes de ménages la journée, et suivent des cours du soir en parallèle. Elles n’ont donc pas le temps de venir à notre rencontre, c’est pourquoi nous nous rendons directement à leurs cours.

Notre programme s’adresse également aux jeunes mères qui ne peuvent travailler sur des tranches horaires fixes. La création d’entreprise peut ainsi être une bonne opportunité pour qu’elles puissent aménager leurs horaires.

Nous avons donc lancé le programme « Nuevos Caminos » à destination de ces femmes provenant de milieux populaires, sans travail, et souvent jeunes mères.

Nous avons proposé deux types d’opportunité d’entreprise. La première « Warmi taxis » (« Femmes taxis ») consiste à développer un réseau de femmes conductrices de taxis dans Cusco. Notre idée : « des taxis sûrs de femmes à destination des femmes ! ». L’autre idée consiste à développer l’activité de jardins verticaux, de designer et entretenir des jardins privés. Nous avions pour objectif d’occuper des secteurs à l’origine peu destinés aux femmes.

Comment s’est déroulé le programme ? Avez-vous rencontré des difficultés particulières ?

Environ une soixantaine de femmes se sont présentées  à ce programme et trente d’entre elles ont été sélectionnées (15 dans chaque secteur d’activité). Nous avons alors commencé une formation théorique de trois semaines, chaque fin d’après-midi, sur des sujets tels quel la création d’un business plan, le profil de l’entrepreneur, savoir identifier une idée de business, le service, le marché ou encore la projection financière. Nos participantes avaient très peu de formation antérieure et pour certaines d’entre elles ce fut très théorique et nous en avons perdu quelques-unes en route. Mais il nous semblait nécessaire de leur donner une idée de ce qu’impliquait la création d’entreprise.

Au terme de cette formation nous nous sommes donc retrouvés avec deux groupes de dix femmes, prêtes à suivre la formation technique. En effet, les futures conductrices de taxi devaient apprendre à conduire car aucune d’entre elles n’avait jamais manié un volant ! Mais vous savez bien qu’à la sortie de l’auto-école il est difficile d’avoir l’assurance nécessaire pour devenir conductrice de taxi immédiatement ! Sept jeunes femmes ont obtenu leur permis taxi (qui est différent du permis normal), et ont pu être à même de se lancer. Concernant les jardinières, les dix sont arrivées au terme de leur formation.

Or, à ce moment-là, nous n’avions plus le budget nécessaire pour continuer à soutenir les jeunes femmes. Elles se sont alors tournées vers d’autres activités afin de mettre de côté les fonds nécessaires à la location d’une voiture. En effet, ici la majorité des chauffeurs de taxi ne sont pas propriétaires de leur véhicule, mais locataires. Or le problème est qu’il est très difficile pour nos conductrices de louer une voiture, d’une part car elles ont obtenu leur permis très récemment et ont peu d’expérience, et d’autre part car ce sont des femmes !

Nous souhaitons donc continuer d’aider les plus persévérantes, et pour cela nous avons créé une extension du programme : un incubateur d’entreprises afin d’être à même de les accompagner et de les soutenir face à leurs difficultés. Aux difficultés communes qu’elles rencontrent, nous allons essayer de proposer des solutions collectives pour leur permettre de consolider leur entreprise. L’incubateur pourra par exemple délivrer des crédits pour l’achat de voitures. Nous travaillons particulièrement sur la définition de leur marché et de leur marque « warmi taxis » afin de la consolider. C’est un long processus, qui nécessite plus de temps par exemple que l’accompagnement d’autres entrepreneurs qui ont bénéficié de plus de formation et d’expérience antérieure, et qui participent aussi à l’incubateur.

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