Carmen – boutique de matériel minier

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Potosi est le centre de l’exploitation minière du Cerro Rico depuis le XIXe-s. Aujourd’hui, les coopératives y font encore travailler 6000 mineurs. De nombreuses boutiques se sont donc crées pour leur fournir le matériel nécessaire à leur travail. C’est ainsi que nous avons rencontré Carmen.

Pour commencer, pouvez-vous nous parler de votre commerce ?

J’ai commencé ce business il y a trente ans, j’en ai soixante aujourd’hui. Je vends tout le matériel nécessaire au travail de minier : bottes, casques, dynamite… Il faut d’ailleurs faire très attention à manipuler la dynamite délicatement !

Je tiens mon local de mes parents : j’en ai hérité à leur mort. A partir de là, j’ai construit peu à peu mon business, et par la suite mon fils et ma fille m’ont rejointe. Je ne pourrais pas tenir toute seule, c’est vraiment fatigant. Nous travaillons environ quinze heures par jour, de 5h du matin à 9h du soir.

Où vous fournissez-vous ?

Nous achetons directement ici, nous n’avons pas besoin d’aller à la Paz, Cochabamba ou Oruro pour nous fournir. Nos fournisseurs viennent de la Paz ou encore du Pérou (pour les bottes notamment) chaque semaine. Ces agences nous fournissent ici les casques, les machines à perforer, les bottes, et tout ce qui est utile au travail d’un mineur.

Avez-vous reçu de l’aide pour lancer votre entreprise ?

Ici en Bolivie, nous travaillons généralement avec notre propre capital, nous ne recevons pas d’aide. En effet, il est très compliqué d’obtenir un prêt à la banque et nous serions très vite à la rue si les taux augmentaient. Nous préférons donc faire croître peu à peu notre entreprise, grâce à nos propres économies.

Quelles difficultés avez-vous rencontré ?

Tout travail est épuisant, mais il faut bien continuer pour vivre. Nous continuons donc nos efforts sans cesse, avec l’aide de Dieu.

Avant, les affaires allaient mieux car nous étions seulement cinq boutiques. Mais aujourd’hui il y a beaucoup de concurrents, et tous les commerçants se sont regroupés dans le même quartier.  Avant, il nous était possible d’économiser pour notre futur, et surtout pour celui de nos enfants car nous travaillons pour qu’ils obtiennent une vie meilleure que la nôtre. Aujourd’hui, le prix du minerai est beaucoup plus bas, nous avons donc dû baisser les prix du matériel pour les travailleurs. Nous vendons une dynamite par-ci par-là, nous gagnons peu, mais cela nous suffit pour vivre. L’amour de Dieu nous aide à lutter chaque jour.

De plus, nous payons des impôts annuels à la mairie, et une fois tous les deux mois à la Renta – si nous ne le faisons pas, ils viennent fermer notre business et nous perdons des clients. C’est notre devoir de citoyen de payer les impôts quand nous avons une entreprise. Nous préférons d’ailleurs les payer plutôt que de perdre notre clientèle ou payer une amende.

Comment est la vie de mineur ?

Les mineurs ont maintenant accès à des machines pour creuser le Cerro, avant ils travaillaient seulement à la pioche et au marteau. Le travail était difficile, et beaucoup de gens mourraient. Malheureusement, beaucoup de jeunes travailleurs ont encore des accidents ou contractent la « maladie de la mine » à force de respirer les poussières nocives (silicose).

Les femmes de mineurs quant à elles sont généralement femmes au foyer. Mais elles font aussi ce qu’elles peuvent pour gagner de l’argent en travaillant au marché. En effet, les mineurs ne gagnent pas assez pour faire vivre leur famille, et ils ont souvent beaucoup d’enfants, six ou sept. Il faudrait pouvoir aider ces familles. Nous attendons que le gouvernement améliore leur situation en Bolivie.

Comment envisagez-vous l’avenir ?

J’ai commencé il y a trente ans, j’en ai soixante aujourd’hui, et je continue à travailler car il n’y a nulle part où aller. Où allons-nous aller si ici il n’y a pas de travail ?

Le problème de Potosi c’est qu’il n’y a aucune autre usine que la mine. Nous aimerions qu’Evo développe le tissu industriel de Potosi. En effet, beaucoup de gens émigrent à cause de cela : ma fille par exemple est partie il y a trois ans chercher du travail en Espagne, d’autres émigrent  en Argentine, au Brésil… car la source unique de travail ici c’est la mine.

Potosi a beaucoup donné à la Bolivie : toutes nos richesses sont revenues à Santa Cruz, à la Paz, tandis qu’ici nous ne recevons rien. Nous savons également que notre argent a enrichi l’Espagne. Je pense qu’eux-aussi devraient nous aider : les boliviens ont besoin d’une source de travail. C’est ce que nous souhaitons et que nous demandons : des entreprises/usines à Potosi. Peu importe leur activité tant qu’elles ne sont pas minières.

Il y a beaucoup de jeunes qui vont étudier à l’université. Ils en sortent  professionnels dans leur domaine, mais ne trouvent pas de travail en Bolivie et ils doivent émigrer. Nous voulons que les boliviens restent et travaillent ici. C’est difficile de voir nos enfants partir, faute de travail. Ici il n’y a que la mine, rien de plus. Mais nous voulons du travail : c’est ce que nous souhaitons pour notre Potosi, notre Bolivie.

On entend dire que l’entreprise San Bartolome va fermer, et cela me fait peur, car où vont aller les gens ? Tout ici tourne autour de la mine. Le Cerro nous fait vivre. Et que vont faire les boliviens si les étrangers accaparent notre travail et unique source de revenus ? Le Cerro s’épuise, cela fait 500 ans qu’on l’exploite. Or rien n’est éternel.  Mais si le Cerro ferme, nous nous retrouverons tous à la rue.

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