Carnet de route #14: La Paz

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Après nos folles aventures dans le Salar, il est maintenant temps de repartir en direction de La Paz. Nous prenons le bus de nuit avec Jérémie jusqu’à Oruro, et nous découvrons avec étonnement qu’il est encore possible de vivre comme un hippie, sans argent, au fin fond des Pyrénées !

Après une arrivée chaotique à la Paz le lendemain matin – feu la bouteille de vin réservée pour notre couchsurfeur Alex, qui explose dans le sac d’Elsa… –  nous nous dirigeons vers son appartement. Quel bonheur de se retrouver dans un bel appartement, avec de l’eau chaude ! En plus, nous sommes en plein centre-ville et, au 23ème étage, nous profitons d’une vue splendide sur la capitale et les montagnes environnantes. En effet, La Paz, étagée de 3200 à 4000m d’altitude (ça grimpe : dans certaines montées difficiles il faut même descendre du taxi, true story !), est entourée d’une centaine de pics enneigés (à plus de 5000m d’altitude tout de même !). Dès le premier soir, Alex nous emmène avec ces deux autres guests (deux Brésiliennes en vadrouille elles aussi) dans un restaurant Japonais. En cette fin de séjour notre budget est plus que limité, et nous nous contentons d’un petit thé au goût bizarre avant de rentrer pour profiter d’une bonne nuit de sommeil.

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Le lendemain matin, pas de mollesse, nous nous mettons au travail. En effet, les Boliviennes, plus méfiantes, ne se laissent pas interroger facilement et nous manquons de témoignages ! Direction l’IMF « Pro Mujer » où nous rencontrons Fernando, responsable des ressources humaines. Nous découvrons avec intérêt ce programme particulièrement complet alliant banque commune mais également programmes de formations et de santé (voir l’article ici). Malheureusement il n’est pas en mesure de nous fournir des contacts de femmes susceptibles de nous rencontrer avant notre départ. Par bonheur, nous avons grâce à couchsurfing, le contact de la mère de Rolando qui a créé sa propre association à La Paz. Carmen nous parle donc des problèmes rencontrés par les femmes productrices du village de Huaricana et les solutions mises en place pour y répondre (article ici).

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Le lendemain, alors que nous prenons tranquillement l’ascenseur pour sortir du building, nous rencontrons Wanda. On discute le temps de la descente et quand on lui parle de notre projet et de nos rencontres de femmes entrepreneures, elle nous répond simplement « suivez-moi ! ». Heureuse coïncidence, Wanda possède elle-même une entreprise d’export de produits artisanaux (son interview ici) et nous emmène dans son local, situé de l’autre côté de la place, pour nous partager son expérience !

Heureuses de cette rencontre et ayant un témoignage de plus en poche, nous nous dirigeons vers le « musée de la Coca » pour en apprendre plus sur la fameuse feuille qu’on nous a fait mastiquer lors de nos coups durs en altitude !

La coca est utilisée à des fins nutritionnelles et religieuses depuis 4500 ans, bien avant la domination de l’Empire Inca. Utilisée par les guérisseurs, la « mama coca » (en langue Quechua) permet d’entrer en contact avec les forces surnaturelles. Du temps des incas, la coca était également utilisée comme anesthésique, notamment pour procéder aux trépanations ! Au moment de la colonisation, le clergé déclara la coca « feuille du diable » et interdit sa consommation. Mais en 1545 les conquistadores comprirent qu’elle pouvait devenir un atout non-négligeable, ses vertus énergétiques permettant aux indiens de supporter les dizaines d’heures de travaux forcés –dans les mines notamment- imposés par les colons.

Pour la petite histoire chauvine, nous découvrons que c’est le vin Mariani (Français !) qui inspira John Pemberton, le père du Coca Cola. Concocté en corse en 1863, il connut un succès phénoménal jusqu’à son interdiction en 1910 (il contenait tout de même 6mg de cocaïne !). Pemberton s’inspira alors de la recette en supprimant l’alcool, pour cause de prohibition aux Etats-Unis, et créa le fameux Coca-Cola en 1885. Ce dernier ne contient aujourd’hui plus de cocaïne… mais, parait-il, toujours des feuilles de coca pour le gout !

En 1950, une étude nord-américaine affirma que la mastication de coca entrainait un retard mental et, face au développement de la consommation de la cocaïne, l’ONU déclencha sa « guerre de la coca ». Mais après la découverte de la cocaïne et de ces effets anesthésiant en occident dans les années 80, les laboratoires pharmaceutiques encouragèrent la culture de la coca et importèrent de grandes quantités depuis les pays andins : le boom de la coca débuta alors et durera même après avoir été inscrite sur la liste des drogues. Bien vite, les Etats-Unis devinrent le premier consommateur mondial de cocaïne.

En 2000, Evo Morales, nouvellement élu, adopta une position claire («  la feuille de coca n’est pas de la cocaïne ») et défendit fermement sa culture dans le cadre de la mastication traditionnelle. L’acullico (mastication traditionnelle) permet en effet de lutter contre le mal d’altitude en diminuant les maux de tête et en augmentant les capacités respiratoires. Dans la nouvelle constitution la coca est d’ailleurs élevée au rang de « patrimoine culturel national et facteur de cohésion sociale ». En effet, la coca est consommée par 92% des hommes et 89% des femmes consomment de la coca dans les zones rurales de Bolivie. Elle reste néanmoins interdite à l’export.

Nous terminons la visite par un petit café et cookie à la coca, en méditant sur le fait que 5000 ans de consommation traditionnelle de la coca n’ont présenté aucun effet négatif sur l’organisme humain mais que le problème est apparu lorsque les européens se sont emparées de la feuille pour la convertir en cocaïne…

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Mais La Paz est également l’occasion de faire nos emplettes de fin de séjour et de penser aux petits cadeaux que nous ramènerons ! Nous nous rendons donc au marché et mettons à profit nos qualités de négociatrices ! Pas toujours facile… A force de déambuler, nous atterrissons au fameux « marché aux sorcières » de la ville. Ici, les boutiques d’herbes et « potions magiques » en tout genre s’alignent. Intriguées, nous allions l’utile à l’agréable et négocions une interview avec Elena, une des fameuses « sorcières » afin d’en apprendre plus sur les coutumes locales et la signification des fœtus lamas pendus au plafond (article ici).

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Puis nous retournons dans « notre appartement » pour une soirée crêpes avec Alex. Peu original, certes, mais nos qualités de cuisinières ne nous permettent de faire que cette recette, qui s’améliore de mois en mois! On passe un moment agréable avec notre hôte qui nous compte ses aventures de voyageurs et ses anecdotes de couchsurfeur  et Maria, sa femme de ménage, se joint à nous pour manger une beurre-sucre bien de chez nous (et, il faut bien le dire, DIVINE) !  Petite dédicace à nos amis bretons ;)

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Le lendemain, nous quittons la Paz de bon matin pour 14h de bus direction Arequipa au Pérou, où nous comptons passer le week-end afin de couper la route jusqu’à Lima d’où nous prenons notre vol de retour.

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