Pro mujer

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A la Paz, nous avons rencontré Fernando, qui nous a parlé de l’institution de microfinance Pro Mujer, née en Bolivie en 1993, et aujourd’hui présente dans plusieurs pays d’Amérique latine notamment au Pérou, en Argentine et au Mexique.

Qu’est-ce que Pro Mujer ?

Pro Mujer est une institution de développement. En Bolivie on parle de nous comme une institution financière, mais nous sommes avant tout une entité de développement de la femme car nous apportons un soutien intégral à nos bénéficiaires sur trois piliers fondamentaux : la santé, la formation et le crédit.

L’institution a été créée par deux femmes. Une américaine, Lynn Patterson, est tombée amoureuse de la Bolivie et a décidé de co-fonder avec une bolivienne qu’elle avait rencontré un programme d’aide aux femmes, sous forme de banque commune. Notre siège social se situe à New York, mais nous sommes présents dans plusieurs pays d’Amérique latine où nous travaillons selon la même ligne directrice, pour les mêmes bénéficiaires.

En Bolivie, nous sommes présents dans chaque département (nous sommes actuellement près de 900 employés) et à la Paz, toute l’activité se concentre dans le quartier très pauvre del Alto.

Que proposez-vous en ce qui concerne la santé ?

Nous offrons un service basique mais accessible aux femmes à faibles revenus. En Amérique latine, malheureusement, peu de gens peuvent s’offrir un accès à des services de soins complets. Nous nous concentrons sur les soins basiques : poids, taille, cœur, diabète… Nous faisons aussi de la prévention sur le papillomavirus pour éviter le cancer de l’utérus.

Comment fonctionne l’accès au crédit ?

Nous travaillons sous forme de banque commune, c’est-à-dire que nous n’aidons non pas un individu mais un groupe. C’est une garantie commune entre toutes les emprunteuses, pour que chacune paie son dû et qu’elles soient solidaires.

Ainsi, pour qu’une femme accède à un prêt, elle doit faire partie d’un groupe de 8 personnes. Ces personnes peuvent avoir une entreprise, ou bien seulement emprunter pour une activité au jour le jour, mais elles forment la banque et empruntent un montant global qu’elles se répartissent ensuite en fonction des besoins de chacune. On ne parle pas de crédit individuel mais global.

Après chaque cycle de remboursement, les femmes peuvent accéder à un prêt plus conséquent. Une personne peut ainsi obtenir jusqu’à 2000$ pour faire croître son activité. La plupart des femmes qui empruntent, se servent également de l’argent pour soutenir et renforcer l’activité de leur mari. Nous restons donc sur du basique, le programme n’est pas vraiment fait pour qu’elles puissent développer leur activité à grande échelle.

Les femmes parviennent-elles toutes à rembourser leur emprunt ?

Le système permet dans l’ensemble que toutes nos clientes remboursent leur emprunt, mais effectivement cela arrive que certaines clientes n’arrivent pas à nous rembourser. Le fait de faire partie d’une banque commune nous donne la garantie que les autres membres vont l’aider. Souvent les femmes de la banque commune vont voir la personne qui ne recouvre pas ses dettes et lui demandent une garantie en échange du remboursement par le groupe, par exemple la vente de sa télévision. C’est quelque chose que nous, nous ne pouvons pas faire, d’où l’intérêt de fonctionner avec des prêts de groupe.

Qu’en est-il de votre programme de formation ?

La plupart de nos bénéficiaires possèdent des micro-entreprises comme des kiosques. Nous leur prodiguons des formations sur les thèmes de l’épargne, du développement de leur activité, nous les aidons donc à voir comment elles peuvent faire grandir leur entreprise.

Nous avons créé notre propre méthodologie de formation, donc chaque formation est prodiguée par un membre de Pro Mujer. Les formations santé sont ainsi données par nos médecins ou infirmières, et la formation crédit par nos banquiers. Un cycle de remboursement dure environ huit mois. Sur un tel cycle, il y a entre 8 et 10 réunions, et à chaque réunion nous abordons un thème spécifique concernant la santé et le crédit. Si c’est un groupe ancien, qui travaille avec nous depuis plusieurs années, nous nous concentrons sur des sujets de santé plus pointus, et sur des sujets de développement d’entreprise.

Nous restons sur des formations très basiques, car notre marché représente des personnes à très faibles revenus. Généralement, nous leur donnons des idées de petits business qu’elles pourraient entreprendre avec notre prêt. De même, en ce qui concerne le développement de leur entreprise, nous ne mettons pas l’accent sur la grande entreprise, mais sur la micro-entreprise, car le facteur familial est très important. Souvent nos clientes travaillent avec leurs enfants, leur mari…

Cette année nous allons nous concentrer sur la proposition d’autres types de produits bancaires afin d’aider nos clientes à générer plus de revenus, pour pouvoir améliorer de façon conséquente leur affaire, leur vie et celle de leur foyer.

En  plus de ce package que nous proposons à nos clientes, nous offrons un service d’assurance vie. Si une de nos clientes perd la vie, sa famille reçoit un montant d’argent. Nous avons également une assurance en ce qui concerne le cancer utérin.

Comment financez-vous votre activité ?

Nous devons être auto-suffisants, c’est pourquoi nous recevons des intérêts sur nos prêts (20%). Mais en parallèle, nous recevons également des donations, notamment d’institutions financières des Etats-Unis.

Que pensez-vous de la place de la femme en Bolivie et de l’entrepreneuriat féminin?

Le problème de genre en Bolivie est complexe. On entend encore beaucoup parler du machisme : l’homme est celui qui doit travailler, ramener de l’argent à la maison, tandis que la femme doit rester avec les enfants et cuisiner pour la famille. Il arrive un moment où l’homme ne peut pas non plus couvrir tous les besoins de la famille, et c’est ainsi que la femme démarre souvent de très petites activités en complément des revenus de son mari.

En revanche, très peu d’entre elles ont un esprit entrepreneurial et cherchent à faire quelque chose de grand. C’est pourquoi nous devons les aider à développer cette vision. Souvent, ce sont des femmes abandonnées par leurs maris, des mères-célibataires qui cherchent seulement à entreprendre pour survivre.

Je pense qu’aujourd’hui nous manquons ici d’institutions qui donnent le plus additionnel, qui forment les femmes afin qu’elles fassent un pas en avant, qu’elles ne s’arrêtent pas à leur kiosque de nourriture, mais qu’elles fassent quelque chose de plus grand. Certes, il y a des programmes pour entrepreneurs, mais il y a peu de programmes où on encourage vraiment des projets à grandes échelles pour les personnes à faibles revenus, notamment car on ne sait pas comment faire.

Je pense que le point de vue de Pro Mujer est vraiment intéressant et que le sujet de l’entrepreneuriat féminin est très, très important en Bolivie où la population est constituée de quasiment deux femmes pour un homme. Cette force de travail pourrait vraiment changer la vision que l’homme est le seul à subvenir aux besoins de la famille. Mais les programmes actuels restent très basiques et il n’y  a pas non plus d’appui de la part du gouvernement. Il y a quelques financeurs extérieurs qui investissent ponctuellement sur certains programmes, mais ce dont nous manquons c’est la constance. Nous soutenons les femmes jusqu’à un certain point, et à partir de là il faudrait d’autres programmes pour les aider à développer encore plus leur entreprise.

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