Wanda – exportation artisanale

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Wanda a développé une fillière d’exportation de produits artisanaux boliviens vers les Etats-Unis et a accepté de nous parler un peu plus de son parcours d’entrepreneure.

Quel a été votre parcours?

J’ai fait des études à l’université en Business & Administration. Mais en 1975, la plupart des universités boliviennes ont fermé (ndlr, en réaction aux successions de dictacteurs boliviens). Je me suis donc rendue à la Paz pour finir mes études dans une université payante, la seule qui n’était pas fermée. Au bout de deux ans, l’administration ne sachant pas quoi faire face aux soulèvements des étudiants et nombreuses pétitions, a décidé également de fermer les portes de l’université du jour au lendemain. Tous les documents justifiant mon cursus étaient restés dans cette université, donc il m’était impossible de poursuivre mes études ailleurs. De plus, à l’époque ma mère était elle même entrepreneure et a tout perdu. Nous étions sans argent donc il a fallu que je me mette à travailler!

Après quelques années j’ai essayé de récupérer mes documents à l’université pour me remettre à étudier, mais rien n’avait été conservé. J’ai donc repris mes études à zéro. Puis je me suis mariée et j’ai eu deux enfants assez tard, à 38 ans. Je ne pouvais plus travailler car l’un de nous devait travailler et l’autre devait s’occuper des enfants. Ma mère avait son activité et ne pouvait pas non plus nous aider mon mari et moi. Je suis donc restée chez moi pour élever mes filles avec amour, tout en m’occupant par-ci par-là.

Et comment en êtes-vous arrivée à travailler dans l’exportation ?

Je vais vous raconter comment j’ai commencé à me lancer dans ce business: Une tante de mon mari qui vit aux Etats-Unis nous a un jour dit qu’un de ses amis allait voyager à travers toute l’Amérique du sud et elle nous a demandé si nous pouvions l’héberger quelques jours lorsqu’il viendrait à la paz. Nous l’avons donc hébergé et avons tout de suite sympathisé. A cette époque j’étais sur le point d’accoucher et il a souhaité rester une semaine de plus pour assister à la naissance de ma fille. Cela m’a enchantée, si bien qu’après son départ,  environ un an plus tard, je lui ai envoyé un mail pour lui demander d’être le parrain de ma fille. Il a accepté et est même venu pour le bâpteme malgré mes réticences à ce qu’il fasse ce déplacement coûteux.

Lors de sa première venue, il s’était intéressé à l’artisanat bolivien et souhaitait rapporter des cadeaux à sa famille et ses amis. A son retour aux Etats-Unis, on lui a demandé pourquoi il n’avait pas rapporté plus de stocks afin de les vendre. Il a donc profité de sa deuxième venue en Bolivie pour acheter d’autres objets.

Par la suite, ce “gringo” est ainsi venu deux fois par an habiter chez nous, sur des périodes d’un mois. Il faisait vraiment partie de la famille! Il a commencé à vendre et a eu besoin de quelqu’un pour l’aider. Mon époux lui a alors suggéré que je l’aide moi même dans son entreprise car j’avais les qualifications nécessaires. J’ai accepté, et au fur et à mesure, les ventes ont commencé à augmenter. Lui espaçait ses visites et ne restait plus qu’une ou deux semaines par an. Il a développé son activité dans d’autres pays: Pérou, Equateur… Une fois qu’il avait des clients, il m’appelait afin que je trouve les produits adaptés à leurs goûts. J’ai donc travaillé avec de plus en plus d’entreprises, sur un principe de confiance.

C’est ainsi que j’ai commencé à travailler dans l’artisanat. J’ai accepté ce travail pour ses horaires flexibles et le fait que je puisse travailler depuis chez moi, dans mon bureau, puis par la suite dans ce local qui est à deux minutes de chez moi. Je ne peux pas avoir une entreprise formelle car les artisans avec qui je travaille sont dans l’économie informelle: ils n’ont pas déclaré leur entreprise et ne paient pas d’impôts. Si je le faisais, cela les affecterait. Je me considère donc comme une entreprise bien que sur le papier je n’en sois pas une. En réalité, je suis coordinatrice pour mes clients, les entreprises étrangères. Ils me font part de leurs désirs, je m’occupe de trouver ce qui leur plait et ils me paient pour cela.

Moi qui souhaitais travailler dans une entreprise, en tant qu’assistante, je me suis finalement retrouvée à travailler comme intermédiaire entre des artisans péruviens et des clients américains, mais au moins j’ai le temps de voir mes filles tout en faisant mon travail! C’est moi qui détermine mes horaires de travail.

Quelles difficultés avez-vous rencontré ?

En ce qui concerne mes fournisseurs, je travaille avec quelques boutiques de la Paz, ou sinon directement avec des artisans qui connaissent mon activité et viennent me voir avec leurs produits. J’ai connu plusieurs difficultés car ici nous ne sommes pas responsables, nous ne travaillons pas de façon formelle. Je travaille beaucoup avec le secteur informel, des petites entreprises qui un jour vendent des stylos, un autre jour des gilets ou bien des écharpes, et je ne sais pas si ce sont vraiment eux qui les fabriquent et quelle est la qualité de leur travail. Mais j’ai appris à travailler de cette façon.

Ma joie c’est que les artisans qui travaillent avec moi, certes se plaignent de mon obsession de la qualité – alors qu’ils préfèreraient fournir moins d’efforts – mais au final se portent vraiment bien grâce à cette activité. En effet, leurs produits sont de meilleure qualité aujourd’hui et les gens s’en rendent compte! Je suis le maillon central de la chaîne: je m’ajuste aux critères de mes clients, et les artisans s’ajustent à mes critères. C’est compliqué parfois, mais ça marche! Pour le moment tous mes clients sont américains mais si vous me trouvez des clients européens, je suis prête!

Pour le futur vous souhaitez donc vous étendre en Europe?

Je pourrais… comme je pourrais rester ainsi! Dans quelques temps mes filles vont s’en aller et j’ai besoin de rester occupée. Mais pour le moment j’ai assez de quoi faire!

Je suis en quelque sorte en lutte intérieure: dois-je croître ou non? D’un autre côté, ma mère qui a elle-même son business me demande aujourd’hui de l’aider car elle est fatiguée. J’ai demandé à Dieu de me guider vers la bonne voie. Pour le moment je reste ainsi car je ne veux pas abandonner mes filles, non pas parce qu’elles ne peuvent pas se débrouiller seules, mais parce que je veux rester avec elles et partager tant qu’elles sont encore à la maison.

Ce n’est pas trop difficile d’allier votre rôle de mère à celui de femme entrepreneure ?

Je tiens cette double casquette de mes parents. Je viens de Cochabamba, et les cochabambinos sont des gens réputés pour être très travailleurs, entrepreneurs. Je l’ai donc dans les gènes.

J’ai ainsi pu jongler entre maternité et travail. J’ai dû laisser tomber mon désir de travailler comme secrétaire, mais je suis bien comme cela. Mes filles peuvent compter sur moi à 70%. Les autres 30% elles se débrouillent seules ou demandent à leur père. Je veille avant tout à leur sécurité: mes filles ont aujourd’hui 17 et 18 ans, elles sont jeunes, elles doivent profiter de la vie mais sans courrir de risques qui ne valent pas la peine! Elles font tout ce qu’elles veulent mais à partir de sept heures du soir je les récupère en ville.

Selon vous, quelles sont les qualités nécessaires pour entreprendre ?

Oser prendre des risques. Si moi je ne me suis pas lancée plus tôt, je crois que c’est parce que j’avais  peur de l’échec. Je ne sais pas si j’ai su profiter de l’opportunité ou bien si c’est Dieu qui me l’a donnée, mais en réalité, cela n’a représenté aucun sacrifice pour moi.

Que pensez-vous de l’entrepreneuriat féminin en Bolivie ?

En Bolivie, les femmes ont toujours été entrepreneures. Elles ont toujours participé activement au commerce, mais il fallait s’occuper des enfants. Or, l’homme ici ne faisait rien en ce qui concerne le foyer. C’était une affaire de femmes, c’était donc à elles de le faire. Aujourd’hui, je pense que l’homme apprend à faire des « choses de femmes » et les femmes à faire des « choses d’hommes ». Cependant, encore une partie de la population pense que le travail revient aux hommes, tandis que la femme est celle qui travaille à la maison. On ne reconnaît pas le travail de la femme à sa juste valeur.

Aujourd’hui, la femme abandonne un peu le travail de la maison, pour travailler à l’extérieur. Mais elle doit aussi s’occuper de son foyer! Nous nous détachons plus de nos enfants et nous leur apprenons à penser par eux-mêmes, à être indépendants et déterminer ce qu’ils veulent faire.

Je crois que la femme a également appris à élever la voix, c’est peut être pour cela qu’il y a plus de divorces qu’auparavant. La femme sait désormais qu’elle peut demander son indépendance, et pour moi c’est fantastique!

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