Amina – centre de formation artisanale

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A Dhaka, nous avons rencontré Amina, qui a très récemment remporté le « Prix national de l’entrepreneuriat de la jeunesse » grâce à sa boutique d’artisanat. Son atelier sert également de centre de formation pour les jeunes femmes sans emploi.

Pouvez-vous nous parler de votre activité ? Comment avez-vous commencé ?

J’ai créé cette entreprise il y a maintenant 14 ans. J’ai débuté grâce aux formations pour le développement mises en place par les offices gouvernementaux du Ministère de la Jeunesse. Après cette période de formation intense, j’ai décidé de lancer mon propre centre de formation. Dès la première session, des étudiants très doués ont participé. Certains sont devenus mes bras droit et m’aident encore aujourd’hui en participant à mon activité.

Nous fabriquons des produits artisanaux tels que des structures en perles, des sacs, des tableaux, du linge de maison… Tous les produits sont confectionnés par les étudiants du centre de formation.

Je participe ensuite à diverses foires pour vendre leurs réalisations. J’ai également de bonnes relations avec les business locaux, mes fournisseurs et distributeurs ce qui m’aide à écouler nos produits.

Combien de personnes travaillent avec vous ?             

61 personnes travaillent aujourd’hui directement pour mon entreprise. Nous prenons également des intérimaires pour les pics d’activité ponctuels, par exemple lors de l’Aïd, afin de répondre à l’augmentation de la demande et honorer toutes les commandes en temps et en heure.

Comment fonctionne le centre de formation et quelles ont été vos motivations pour créer un tel lieu ?

Tout a commencé alors que j’emmenais mes filles à l’école. Tous les jours, je voyais les autres mères qui accompagnaient leurs enfants et passaient la journée à attendre devant l’établissement que leur progéniture finissent leur journée. Elles perdaient ainsi beaucoup de temps à discuter mais ne faisaient rien de productif. J’ai donc décidé de faire quelque chose, en commençant par parler au responsable de l’école. Une fois la permission obtenue, j’ai proposé à ces femmes d’être les premières bénéficiaires de mes formations. Aujourd’hui, elles confectionnent des produits artisanaux et ne perdent plus leur temps avec des activités improductives.

Je suis donc la responsable du centre de formation et suis son intervenant principal mais nous avons également 7 autres formateurs.

Je délivre aussi des formations spécifiques aux personnes dans le besoin, pour lesquelles je ne charge aucun frais. Je souhaite ainsi participer à l’expansion des connaissances et compétences techniques au Bangladesh où l’offre de formation et l’éducation sont des problématiques récurrentes. Je pense qu’il est crucial d’inclure les pauvres dans le système économique car ils ont un rôle à jouer dans le développement du pays.

Quelles difficultés avez-vous rencontrées ?

J’ai commencé mon activité comme hobby. Après le lycée, je me suis mariée et je suis partie vivre chez mon mari. Mais j’avais malgré tout besoin de rester active et de faire quelque chose de bien pour la société.  J’ai obtenu mon master en 2008 et commencé mon activité à ce moment-là. Mais l’année d’après, mon mari est décédé. Ce fut un énorme challenge. J’ai dû prendre en charge mes deux filles et c’était une lourde responsabilité qui pesait maintenant sur mes seules épaules. A cette époque, tout le monde me conseillait de chercher du travail pour profiter d’une certaine stabilité et d’un salaire régulier. Mais j’étais déterminée, je voulais suivre mon plan initial et personne ne pouvait influencer cela. J’ai donc commencé à avancer dans ce sens.

Avez-vous reçu de l’aide d’une quelconque structure extérieure ?  

J’ai reçu un « Startup capital » de la part du Ministère de la Jeunesse dans le cadre de son plan de développement de l’entrepreneuriat de la jeunesse. Cela représentait 50 000 thaka (500€). Pendant deux mois je n’ai rien payé le temps de lancer mon activité, puis j’ai remboursé 2200 BDT (22€) par mois pendant trois ans.

Comment vont les affaires aujourd’hui et quels sont vos objectifs pour le futur ?          

Je souhaite développer mon programme spécifique pour les personnes dans le besoin afin de leur offrir une formation et leur permettre ainsi de trouver du travail.

Beaucoup de personnes dans cette situation décident de quitter le Bangladesh et de partir à l’étranger. Je ne pense pas que cela soit la solution : cela demande beaucoup de fonds et il vaut mieux, selon moi, les utiliser pour créer quelque chose et lancer une entreprise dans son propre pays.

Mon deuxième objectif serait de me développer à l’international. Dans ce cas, l’aspect marketing sera primordial pour vendre mes produits et me faire un nom.

Quelles sont selon vous les qualités nécessaires pour réussir ?  

Il faut avoir confiance en soi et être prêt à prendre des risques pour entreprendre ce genre de projet. Vous devez être honnête avec vous-même, mais aussi avec vos partenaires d’affaires.

Enfin, avez-vous un message ou un conseil à donner aux personnes souhaitant se lancer dans l’entrepreneuriat ?

L’important c’est de ne causer de tort à personne. Je suis heureuse avec mon activité car j’œuvre pour une cause qui me tient à cœur, ce qui me motive énormément. Il ne faut néanmoins pas oublier les salariés qui doivent, selon moi, faire l’objet d’une attention particulière de la part d’un chef d’entreprise.

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