Carnet de route #17: Première semaine à la Grameen Bank, Dhaka et WE à Faridpur

faridpur

Le Bangladesh étant un pays majoritairement musulman, ici les we sont les vendredi et samedi. Nous commençons donc notre première semaine de stage à la Grameen Bank le dimanche suivant notre arrivée. Bien que le hartal soit reconduit, la proximité de notre prison dorée avec la Tour Grameen  nous permet de nous y rendre sans danger. Nous rencontrons ainsi notre coordinateur Shamim, et l’équipe de l’international department du huitième étage, en charge de l’accueil des stagiaires tout au long de l’année. Car oui, nous apprenons que plus de 800 stagiaires viennent chaque année des quatre coins du monde pour découvrir de plus près le micro crédit dans cette institution pionnière de la microfinance (dont pas moins de 500 lors du pic juin-juillet-août! ) Heureusement, nous arrivons en période creuse, et nous appartenons à un comité réduit: nous faisons ainsi la connaissance de Max, Andrew et Amir, trois américains, et Aidi la japonaise, qui suivront certaines formations avec nous.

Nous découvrons le programme des prochaines semaines et commençons notre première journée par la découverte de la Grameen bank et de ses fameuses « 16 décisions » (sorte de code de conduite des bénéficiaires afin d’augmenter leur impact social dans leur famille et communauté) à travers différentes vidéos et histoires d »emprunteuses (cf notre article sur la Grameen Bank à paraître prochainement). Le lundi matin est consacré à la structure de la Grameen Bank et aux différents prêts qui sont proposés. En effet, la banque propose non seulement des prêts pour la création d’une micro activité, mais aussi par exemple pour la construction d’une maison digne de ce nom ou encore pour la poursuite d’études supérieures. Nous terminons la journée par un topo sur la condition des femmes au Bangladesh et les.efforts qui sont faits pour leur autonomisation. Il faut savoir que dans les foyers les plus traditionnels, les femmes sont soumises à la purdah, l’interdiction de sortir de chez elles, d’exercer une activité à l’extérieur de la maison… ce fut d’ailleurs une de nos premières impressions en marchant dans les rues de Dhaka: où sont les femmes? Ici, ce sont les hommes qui tiennent les boutiques ou encore les étals au marché. On ne voit que très peu de femmes dans les rues. D’autre part, la pratique de la dote lors d’un mariage est encore extrêmement répandue et de nombreuses jeunes filles sont ainsi vues comme un fardeau par leurs parents, puis par la suite par leur mari car elles ne peuvent pratiquer une activité génératrice de revenus pour leur famille. Si de gros efforts ont été faits ces dernières années en ce qui concerne la scolarisation primaire et secondaire des jeunes filles (le pays est passé de 27% de filles scolarisées en 1971, à 74% en 2011), il reste encore des moeurs et traditions très ancrées qui ne favorisent pas leur autonomisation.

La Grameen Bank quant à elle a décidé de concentrer son activité auprès des femmes pauvres des zones rurales (sur 8,6 millions d »emprunteurs aujourd’hui, 8, 3millions sont des femmes) car après plusieurs études à ses débuts à la fin des années 70, la banque s’est rendue compte que les femmes réinvestissaient bien plus que les hommes leur argent au sein de leur foyer (à travers l’éducation de leurs enfants, ou le soutien à l’activité de leur mari) et avaient également tendance à avoir une vision à long terme contrairement à leurs homologues masculins. En leur permettant ainsi de soutenir financièrement leur famille, la Grameen bank leur permet non seulement de développer leur estime de soi, mais aussi leur indépendance économique et de gagner ainsi le respect de leur mari.

Le mardi suivant est un public holliday. Apparemment c’est la célébration d’une fête musulmane, le Moharram, mais personne  ne sait vraiment nous expliquer ce dont il s’agit. Toujours est il que les entreprises sont fermées et que le hartal est levé: nous profitons donc de cette journée pour découvrir Dhaka aux côtés de Rahatul, un ami du cousin du frere d’une amie d’Elsa! Bref, c’est la famille :) Rahatul vient donc nous chercher de bon matin et tout en nous conduisant à travers un traffic plutôt light en ce jour de fête, nous fait part de son parcours d’ex dj, reconverti en entrepreneur social et défenseur de la parole de la jeunesse bangladaise auprès de l’ONU. A seulement 24 ans, on peut dire qu’il a plutôt bien réussi! Premier arrêt, la maison de l’honorable Sheik Mujib, reconvertie en musée. Ce fervent défenseur de l’indépendance, premier président du Bangladesh en 1971, fut assassiné – ainsi que la majeure partie de sa famille à l’exception de Sheik Hasina, sa fille et aujourd’hui premier ministre du pays- à son domicile le 15 août 1975 par des militaires. Aujourd’hui encore les gens parlent de lui avec respect et le considèrent comme le « Père de la nation ». Après ce petit moment historique, Rahatul nous emmène déjeuner chez Amina et sa famille. Il a en effet réussi à nous arranger nos deux premières interviews avec Amina et Nazneen, toutes deux gagnantes d’un prix national de l’entrepreneuriat de la jeunesse  cette année et l’année dernière! Heureusement qu’il est avec nous et fait office d’interprète. Le déjeuner est très copieux: nous apprécions la fameuse salade traditionnelle aux crevettes-poulet frits et noix de pecan, le curry de poulet, l’inévitable riz… enfin on aime bien mais pas trop quand même! Marie qui est placée à côté de notre hôte (grave erreur stratégique! ) se fait constamment resservir dès qu’elle termine son assiette! Nous réussissons finalement à mettre fin au festin, heureusement avant que les plats soient terminés!

DSC03538DSC03560 DSC03543

La fin de l’après-midi se passe dans la voiture à harpenter les différents quartiers de Dhaka, petit stop à un stand de streetfood (après l’Afrique et l’Amérique latine nous avons un estomac en béton!) pour goûter aux « fudzca » bien épicés qu’Elsa apprécie particulièrement, mais la journée ne s’arrête pas là! Notre guide nous a organisé une petite soirée culturelle…au théâtre! Idée très sympa, dommage cependant qu’il ait oublié un détail technique majeur: la pièce est en bangla! Nous passons deux heures à nous imaginer les dialogues de la pièce, et on comprend dans l’ensemble plutôt bien l’histoire qui traite de deux mariages arrangés, et d’amour impossible! Au final tout est bien qui finit bien et nous passons un bon moment pour clôturer cette journée intense!

DSC03578

Le soir nous emménageons chez notre nouvel ami Martin le danois, qui nous met gentiment une chambre à disposition pour notre séjour à Dhaka! Nous quittons donc le quartier populaire de Mirpur pour celui plus tranquille des expats: Gulshan, à l’est de Dhaka. Notre fin de semaine à la Grameen se partage entre découverte des services d’épargne mis en place par la Grameen Bank, des difficultés et évolutions qu’à connu la banque, ainsi qu’un cours approfondi sur l’histoire du Bangladesh et les évolutions économiques et sociales majeures que le pays a connu au-cours des dernières années. Quelques indicateurs sociaux pour vous donner une idée:

  • espérance de vie - 1971: 39ans / 2011: 66ans
  • mortalité infantile (pour 1000 enfants) – 1971: 150 / 2011: 44
  • taux de natalité (enfants/femme) - 1971: 6,9 / 2011: 2, 5
  • taux de malnutrition - 1971: 35% / 2011: 18%
  • pourcentage de foyers possédant des sanitaires - 1971: 18% / 2011: 80%

Nous préparons également nos cinq jours de fieldtrip prévus la semaine suivante dans un petit village pour découvrir l’activité de la banque de plus près. Nous décidons de nous plier aux coutumes locales et, après quelques recherches, optons pour un « 3 pieces » (pantalon+tunique+chale, on se demande comment on ne va pas mourir de chaud!) lors d’une séance de shoping haute en couleurs : les modèles ne manquent pas, et les tenues qui semblent très chouettes sur les mannequins ressemblent plutôt à des sortes de pyjamas une fois que nous les enfilons !

10716259_10153346060419937_442024496_n

Mais pas de temps à perdre, nous avons décidé de profiter du we qui précède notre fieldtrip pour aller rendre visite à l’équipe française Gold of Bengal, à Atruchi dans le district de Faridpur, à 5h au sud de Dhaka. Nous devons donc acheter nos tickets de bus, ce qui se révèle être une tâche particulièrement difficile étant donné qu’à la gare routière tous les panneaux sont en bangla, c’est à dire en sanscrit, et donc illisibles! A coup de mimes et grâce à un bangladais comprenant à peu près l’anglais, nous parvenons finalement à obtenir deux tickets pour un départ matinal le lendemain matin! Nos billets sont également illisibles donc nous espérons avoir été comprises et arriver à bon port le lendemain!

Avant de partir en we, nous nous sociabilisons un peu avec la communauté d’expat au-cours d’une petite soirée. Medhi et un expat américain, Thai,  nous avaient déjà fait découvrir le très select « American club » lundi soir. A Dhaka il y a en effet de nombreux « clubs » privés (nordic club, german club…) qui proposent à leurs adhérents des activités en tout genre: tennis, piscine, cours de yoga… les expats s’y retrouvent au calme, dans un cadre plutôt dépaysant! Ce fut pour nous l’occasion d’apprécier une petite bière- l’alcool n’étant accessible ici que lorsqu’on « connaît les bonnes personnes » d’après les dires de notre ami bangla- tout en discutant  avec un groupe d’australiens. Jeudi soir c’est à un anniversaire que nous sommes conviées, et nous passons une bonne soirée internationale dans un l’appart de Thai au milieu de bangladais, américains, australiens, allemands…nous rencontrons même une française! Dans l’ensemble, tous les expat travaillent pour des ONG, ou bien dans le textile.

Levé très matinal le lendemain: nous devons nous rendre à la gare routière à l’autre bout de la ville pour prendre notre bus! Bien qu’on ait prévu une heure pour y arriver, le trafic est tel qu’on manque de le rater! Avec ses 16 millions d’habitants, Dhaka est constamment envahie d’un flux de rikshaws, CNG, bus… qui conduisent tous de façon plus folle les uns que les autres, et ne lésinent pas sur les coups de klaxon! Finalement, nous voilà de justesse dans le bus et nous avons confirmation qu’il se rend bien à Faridpur! Après 2h de route, il faut prendre le ferry pour traverser un des nombreux affluents du Gange, dont le Bangladesh est parsemé (delta du Bangale). Nous montons donc sur un vieux ferry tout rouillé, mais qui effectue la traversée sans problème!

DSC03591

Puis JB, notre contact français, vient nous chercher à Faridpur et nous reprenons encore un bus pendant une heure pour nous  rendre au petit village d’Atruchi. L’équipe Gold of Bengal  vient d’y transférer ses locaux. En effet, cette région du Bangladesh est réputée pour son jute de qualité. Or l’activité de cette association consiste à utiliser cette ressource naturelle du pays pour développer un nouveau type de fibre: la fibre de jute. Contrairement à ses homologues industriels, la fibre de jute est naturelle et donc bien plus écologique.  Son fondateur, Cotentin, a ainsi confectionné son propre bateau en fibre de jute et relié le Bangladesh à la France pour prouver que son idée était viable! L’équipe cherche maintenant à développer sa production, en créant notamment divers matériaux composites en fibre de jute tels que des planches de surfs ou encore des bols (pour en savoir plus, rdv sur leur site: http://www.goldofbengal.com/).

Après une visite intéressante de l’atelier rondement menée par JB et Florian, deux ingénieurs de l’équipe, nous sommes invités tous les quatre à déjeuner dans une riche famille du village. En effet, le village d’Atruchi est le fief d’un puissant « monseigneur », un politique qui rentre régulièrement de Dhaka…en hélicoptère! On aurait presque pu effectuer notre baptême de l’air (et accessoirement réduire notre trajet de retour le lendemain de 5h à 45min!) mais malheureusement le prochain départ est prévu le surlendemain! Nous allons ensuite nous ballader dans les environs et admirer un coucher de soleil, non pas sur le Gange comme prévu, mais ça reste joli et, une fois n’est pas coutume, nous sommes bien entourées par la population locale. Nous passons la soirée à déguster la fin de nos délicieux beaufort et saucisson rapportés de notre transit en France (merci Benoît!), tout en jouant au « carré », sorte de billard bangladais qui se joue avec des palets. On ne peut pas dire que nous excélons dand cette activité, mais on rigole bien!

DSC03648DSC03601DSC03603

Réveil à 5h du matin le lendemain car nous nous sommes lancés le défi d’aller voir le levé de soleil sur le Gange cette fois ci! Pas facile de sortir du lit, ni de trouver un moyen de transport à cette heure matinale, mais nous parvenons finalement à gagner la rive du fleuve et nous profitons d’un bon petit déjeuner bangla bien mérité! Après une balade le long du fleuve, suivie d’une petite sieste au soleil, les garçons décident de se baigner dans le Gange! Le bain est plutôt rapide car un bangladais nous a prévenu qu’il était possible de s’y baigner mais qu’il ne fallait pas y rester trop longtemps « car sinon on attrape de la fièvre! » Mettant de côté ses interrogations sur la qualité douteuse de l’eau (nous sommes situés en aval de l’inde, où de nombreux rites mortuaires ont lieu dans le fleuve…), Marie décide de se joindre à la baignade…toute habillée afin de ne pas choquer les locaux : ici l’option bikini est à proscrire! Nous terminons notre séjour par la visite de vieilles maisons hindoues abandonnées lors de la partition de l’Inde et du Pakistan en 1947, qui rappellent celles de la ville fantôme de Panam city. Il est bientôt temps de quitter nos compères et de rentrer sur Dhaka: une semaine de field trip dans une agence de la Grameen Bank nous attend!

DSC03605DSC03609 DSC03617 DSC03651 DSC03631 DSC03673

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>