Carnet de route #18 : Field Trip à Gazipur et wedding à Comilla

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Après une semaine au siège de la Grameen, il est temps de passer aux choses sérieuses et d’aller découvrir l’activité de la banque de plus près… c’est-à-dire dans les villages ! Nous sommes séparés en deux groupes et pendant qu’Andrew et Amir partent de leur côté, nous faisons la connaissance de Mr Jamal, notre branch manager… C’est le coup de foudre : il est siii mignooon ! On fait également les présentations avec Himel, notre traducteur… Et vous le verrez plus loin dans cet article, mais le courant ne passera pas aussi bien ! Le reste de l’équipe nous accueille à bras ouvert et nous présente la branch « Vowal Rajabari », située près de Gazipur, dans laquelle nous allons passer cinq jours. Celle-ci a été créée en juillet 1982 et regroupe 73 centres, soit 689 groupes et pas moins de 3788 emprunteurs ! Dix personnes y travaillent à temps plein : Le manager (<3), un « second officer » lui sert de bras droit, sept « center managers »  et un « messenger » tient le rôle d’employé de bureau et fait les allers-retours entre la branche et l’area office.

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Après un bon lunch et une petite sieste, nous partons à la rencontre de Kanshelmar, une des successful lady de la branch. Celle-ci est membre depuis 27 ans et tient un salon de thé, activité généralement masculine au Bangladesh. Nous en profitons pour déguster un bon « lal cha » (= thé rouge) et pour discuter non seulement avec cette entrepreneure, mais aussi avec Mr Jamal et Himel.

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Notre première soirée, comme celles qui suivront, sont placées sous le signe de la vie de famille ! En effet, la femme et les deux enfants de notre manager vivent au-dessus des bureaux de la Grameen. Nous commençons à sympathiser en utilisant nos quelques connaissances de bangla puis passons vite à la vitesse supérieure : on dessine avant de demander à Jinana, l’ainée, « nam qui ? » (= quel nom ?)… Cela la fait bien rire de voir que nous parlons comme des enfants de 2 ans en bangla et elle se prend rapidement au jeu ! Elle nous entraine ensuite dans la chambre familiale et demande à sa mère de faire du thé en nous faisant assoir sur le lit. Un peu gênées, nous prévoyons de rester seulement quelques minutes avant de nous éclipser. Mais finalement cela n’a l’air de déranger personne : Himel se joint à nous et s’avachit sur le lit, puis Mr Jamal, ayant fini sa journée, rentre et troque sa tenue de boulot contre son longui, ce grand tissu que portent les hommes comme une longue jupe… On comprend vite que leur notion de la vie privée est clairement différente à la nôtre ! N’ayant pas d’aversion particulière pour le combo longhi/marcel, nous décidons de rester pour regarder un petit film en famille.

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Les deux jours suivants suivent plus ou moins le même programme. Le matin, direction vers un des centres pour assister à un « center meeting ». Le premier jour, 11 groupes sont réunis pour la collecte des remboursements hebdomadaires. Chaque center manager est responsable d’une dizaine de centres : ils effectuent donc 2 collectes par jours, 5 jours par semaine. En plus d’assister au processus de collecte, nous pouvons observer les rituels liés à la discipline de chaque groupe (sorte de salut en début de meeting) et discuter avec les emprunteuses. Toutes sont mariées et la majorité d’entre elles ont entre deux et trois enfants, suivant ainsi un des 16 principes Grameen pour le développement « we should plan to keep our familiy small ». Elles utilisent leur prêt Grameen pour diverses activités, de l’agriculture à l’achat de vaches, de CNG ou de produits pour leurs épiceries. Nous les questionnons également sur leurs motivations d’origine pour devenir un emprunteur Grameen. Les éléments les ayant convaincus sont incontestablement la volonté de sortir de la pauvreté et de démarrer ou développer leur activité, le tout sans avoir à donner de garanties. Quand vient leur tour de nous poser des questions, on nous demande, comme souvent depuis que nous sommes arrivées, si nous sommes mariées ! Au vu de la réponse négative, on nous propose de jeter un œil aux fistons célibataires ! Le deuxième matin, on se retrouve même à chanter « Aux Champs Elysées » pour leur faire plaisir et leur permettre de se moquer un peu ! Mais l’ambiance est toujours agréable et le premier comme le deuxième jour, nous passons un beau moment ! Vient ensuite le moment des rencontres en tête à tête et des interviews avec des emprunteuses en particulier. Nous sommes accueillies très chaleureusement, toutes sont ravies de pouvoir nous montrer leur maison et insistent pour nous faire assoir et nous servir à boire/ à manger… Tant et si bien qu’il est parfois difficile de refuser ! Nous rencontrons donc des membres de plus de 27 ans, de jeunes emprunteuses, des membres ayant des difficultés à rembourser… Vous pouvez retrouver leurs portraits ici.

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Puis vers 13h, nous retournons au bureau pour déjeuner avant d’observer la distribution des crédits, l’activité administrative…

L’après-midi, vers 16 heures, nous repartons pour plus de rencontres et d’interviews…  Micro entrepreneurs ayant obtenus des prêts plus importants pour des activités telles qu’une entreprise de produits anti-moustiques, étudiants ayant bénéficiés de bourses au mérite ou de prêts étudiants pour leur poursuite d’étude, ex-mendiantes ayant reçu des prêts spécifiques leur permettant de sortir de la mendicité… Notre semaine aura été riche en rencontres !

Le troisième jour, lassées de notre traducteur que nous trouvons assez collant ainsi que de sa paresse et sa tendance à nous prendre pour des portefeuilles sur pattes, nous décidons de profiter de l’heure de la sieste pour filer à l’anglaise ! LIBERTEEEE ! Nous nous promenons dans les champs et explorons la campagne quand soudain, le bruit d’une moto rugit au loin. Quelques secondes plus tard, Himel et le messenger MD arrivent paniqués à notre niveau « mais où étiez-vous ?! On était super inquiets ! »… Etant littéralement au milieu de nulle part, notre première question est plutôt « comment nous avez-vous retrouvées ? » ! Bien sûr, ils n’ont eu qu’à demander à 2-3 personnes du village s’ils avaient vu passer deux étrangères… nous sommes plutôt faciles à repérer ! Nous apprenons plus tard que MD (cette balance !) nous avait vu partir depuis le rooftop et en avait informé notre chaperon! A partir de là, il nous sera impossible de nous débarrasser de ce cher Himel qui gardera constamment un œil sur nous !

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Mais nous souhaitons également profiter de ce field trip pour en découvrir un peu plus sur le Bangladesh en général. Grâce à Mr Jamal, nous avons plusieures visites supplémentaires de prévues : Une école, une « mairie » et une clinique. Nous commençons donc le matin du troisième jour par la clinique où nous avons rendez-vous avec un médecin, une infirmière et visitons la salle des naissances… Huum… On préfère quand même accoucher en France hein ! A l’école, lorsqu’on les interroge sur leur matière préférée et sur leur l’avenir, tous les élèves semblent préférer l’anglais et prévoient de devenir docteurs (pour les filles) ou ingénieurs (pour les garçons) ! Lors de notre passage à l’office gouvernemental, on nous parle des objectifs du mandat (principalement l’amélioration des infrastructures) et du fonctionnement des élections locales. Un aperçu rapide certes, mais pas moins enrichissant pour mieux comprendre le pays ! 

Après quelques rencontres supplémentaires, nous retournons au bureau ou nous avons notre « interview » avec les membres du staff. Ils nous font part de leurs motivations à rejoindre la Grameen (qui représentait une bonne opportunité mais qui le permettait également de travailler pour une cause leur tenant à cœur, à savoir la réduction de la pauvreté ou l’autonomisation des femmes) ainsi que de l’excellente ambiance de travail qui règne au sein de l’agence : « nous sommes un peu comme une famille »…

Pour la dernière matinée, nous rejoignons Amir et Andrew à l’area office pour en découvrir encore un peu plus sur la banque. Là, ils nous parlent du mariage d’un ami de leur traducteur (qui, contrairement au notre, est très cool !) et nous propose de nous joindre à eux ! Ni une, ni deux nous acceptons la proposition : c’est partit pour un très, très long trajet en CNG pour rejoindre le village de son ami ! Et ce n’est pas le seul moyen de transport que nous testons : speed boat, rickshaw, auto-rickshaw et j’en passe… Nous arrivons finalement à Comila, à l’est du pays, où a lieu le mariage.

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Nous sommes une nouvelle fois accueillies très chaleureusement par les habitants ! On nous installe dans une famille, on nous sert à manger avant de partir pour la maison du marié. Le soir tombe vite et nous nous laissons entrainer pour l’ « enterrement de vie de garçon » ! C’est parti pour un barathon, euh non, un « tea crawl » des familles. Nous nous rendons de salon de thé en salon de thé, et dégustons de nombreux misti (pâtisserie de boule de sucre/lait concentré et encore plus de sucre). Puis nous rejoignons les festivités avec la famille. Les filles nous proposent gentiment de quitter l’ambiance masculine pour nous habiller en tenue traditionnelle !

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La cousine du marié, en bonne habilleuse et pro de l’enfilage de sari prend les choses en main ! Quelques minutes plus tard et après une bonne dose de maquillage supplémentaire, la séance photo débute : nous avons presque l’impression de voler la vedette au marié alors qu’à notre goût, l’excès de maquillage nous fait plutôt ressembler à deux sorcières ! La cérémonie « officielle » commence peu après : le marié monte sur l’autel fleuri et tour à tour, tous les membres de sa famille et ses amis viennent le barbouiller de curry et lui faire manger une sucrerie. Bien sûr, nous n’échappons pas à la règle et, en tant qu’invitées d’honneur, nous montons sur scène juste après les parents proches ! Ensuite, les cousins et amis se déchainent sur la piste de danse pendant que nous observons la scène avec amusement (bollywood style oblige), sans trop oser nous joindre à eux par peur, ou de perdre notre sari en cours de route, ou de choquer leurs règles de bienséances  en nous joignant aux hommes pour une danse endiablée !

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Après cette folle soirée, Marie fait une petite intoxication aux mistis et trop plein de sucre ingurgité (nous ne sommes pas habituées à de tels festins !) et reste au lit toute la matinée pendant que l’intégralité des enfants du village se presse tour à tour dans sa chambre pour venir vérifier son état de santé, lui prendre la tension sur le poignet ou encore lui caresser les cheveux… Mais ses « Laissez-moi mourir en paix ! » résonnent dans le vide…  

Pendant ce temps, Elsa visite le village et sa mosquée en compagnie d’Amir, Andrew et Assar. En début d’après-midi, l’ensemble des invités se dirige vers le village de la mariée pour aller la chercher. En effet, à l’issu d’un grand repas, celle-ci viendra vivre dans la famille du marié. Nous sommes un peu étonnées qu’elle paraisse si triste mais nous comprenons vite qu’il s’agit en réalité d’un mariage arrangé, ce qui assombrit un peu le tableau et dérange quelque peu notre vision européenne du mariage… Nous profitons malgré tout d’un bon repas et de l’ambiance festive avant de reprendre la longue route qui nous attend pour rentrer à Dhaka !

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