Grameen Bank

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Nous avons l’occasion lors de notre séjour au Bangladesh d’effectuer un stage d’un mois au sein de la première banque de microcrédit destinée aux pauvres. Découvrez-en plus sur cette institution à travers cet article.

I-                    Programme, vision, mission

La Grameen Bank est la première « banque pour les pauvres » au monde. Créée il y a plus de 30 ans par le professeur Yunus, elle propose des produits bancaires aux personnes les plus démunies de la planète, jusqu’alors exclues du système bancaire classique. Elle leur fournit ainsi des microcrédits permettant le développement d’une activité génératrice de revenus. Véritable outil d’auto-assistance, ces prêts ont permis à douze millions de Bangladais, soit 10% de la population, de sortir de la pauvreté. C’est aussi un grand dessein, un programme qui de notre vivant, a pour ambition selon le Pr. Yunus de « reléguer la pauvreté dans un musée ».

II-                  Histoire

Au début des années 70, peu après son indépendance, le Bangladesh connait une vague de famine sans précédent, faisant plusieurs dizaines de milliers de morts. Le professeur Yunus, alors enseignant à l’université de Chittagong, décide de s’éloigner de la théorie pour répondre aux problèmes de la vie réelle et découvrir la « véritable économie ». Après une étude de terrain dans le petit village de Jobra, il découvre le problème des usuriers, auxquels les pauvres sont obligés d’emprunter pour acheter les matières premières nécessaires à leur activité. Ces prêteurs pratiquent des taux exorbitants de 10% d’intérêts par jour qui placent l’emprunteur dans une relation de dépendance de laquelle il lui est impossible de sortir.  Pour échapper à ce cercle vicieux, des sommes dérisoires leur étaient nécessaires (en tout et pour tout 27 dollars permettraient aux 42 familles du village de se libérer de la joute des usuriers) : leur salut viendrait donc par le crédit.

Dans un premier temps, le professeur Yunus tenta de convaincre des institutions bancaires déjà existantes d’endosser ces micro-prêts. Mais le système en place demandait aux emprunteurs d’offrir des garanties et refusait d’accorder des crédits sans nantissement. Persuadé que les pauvres pouvaient être solvables et face à l’inflexibilité des banques classiques, Muhammad Yunus décida, après plusieurs années d’expérimentation, de créer une nouvelle institution dédiée aux pauvres, fonctionnant ainsi sous ses propres règles.

Créée officiellement en 1983, la Grameen Bank prête aujourd’hui à plus de 8,5 millions de personnes et affiche un taux de remboursement de près de 98%.

III-                Fonctionnement et produits

Sur bien des points, le modèle Grameen prend le contrepied du fonctionnement des banques commerciales classiques. Aucune contrepartie n’est demandée en échange d’un prêt. Les prêts sont accordés aux personnes les plus démunies du pays, qui vivent en dessous du seuil de pauvreté, ne possèdent aucunes terres et aucunes ressources. Aucun acte juridique n’est mis en place et les relations entre la banque et les emprunteurs sont basées sur la confiance.

Ce n’est pas aux pauvres de faire l’effort de se déplacer : la banque vient à eux. La Grameen (village en Bangla) est précisément structurée pour agir au plus près de ces bénéficiaires, dont la grande majorité sont des femmes (93%), la plupart du temps soumises à la règle coranique du purdah qui leur interdit de sortir de chez elles. Les emprunteurs forment un groupe de 6 à 8 membres qui se réunissent de façon hebdomadaire dans un centre situé dans le village. Chaque centre accueille une dizaine de groupes et les employés de Grameen s’y déplacent chaque semaine pour collecter les remboursements.

Le taux d’intérêt s’élève à 20% et le remboursement s’effectue généralement sur une durée d’un an pour les prêts classiques. Ainsi, pour un emprunt de 10 000 BDT (soit environ 100€), les intérêts sont de 1000 thaka (soit 10€).

Depuis ses débuts, la banque a également développé de nouvelles formes de prêts telles que :

-  « flexible loans » : lorsqu’un emprunteur a des difficultés à rembourser son prêt, il peut modifier la durée de son remboursement et réduire le montant de ses traites et lui permettre de redresser sa situation financière.

- « Housing loans » : Prêt immobilier pour la construction d’une habitation digne de ce nom.

- « Micro entreprise loans » : après avoir emprunté pendant une durée de trois ans, un bénéficiaire peut obtenir un prêt plus important pour développer son entreprise.

- « Higher education loan » : prêt étudiant permettant la poursuite des études supérieures, remboursable lorsque l’emprunteur fini ses étude et débute un emploi rémunéré. Avant cela, les élèves de primaire et secondaire peuvent se voir offrir une Bourse au mérite, accordée en fonction des résultats scolaires.

- « Beggar loans » : crédit à taux zéro pour donner la possibilité à des mendiants de développer une micro activité (vente en porte à porte) et sortir de la mendicité.

Toute demande de prêts est traitée rapidement et le laps de temps entre la demande et l’attribution d’un crédit n’excède jamais 7 jours.

Enfin, des services d’épargne ont été mis en place. Aujourd’hui, le montant de l’épargne est même supérieur au montant de l’emprunt, faisant mentir l’adage selon lequel les pauvres ne savent pas économiser. La banque propose des taux d’intérêt de l’ordre de 8,5% et, contrairement aux intérêts simples pratiqués sur l’emprunt, les intérêts sont composés sur les dépôts.

D’autre part, la Grameen,, au-delà de son activité bancaire, cherche à développer son impact économique et social. Ainsi, « 16 décisions » ont été adoptées pour permettre à un maximum de famille de sortir de la pauvreté et d’améliorer leurs conditions de vie. Parmi ces décisions, on retrouve notamment : ne pas avoir trop d’enfants sous peine de ne pas pouvoir leur offrir un avenir et une éducation décente, construire des sanitaires et veiller à l’état de sa maison, ne pas pratiquer l’usage de la dote…

Enfin, en plus d’être destinée aux pauvres, la banque leur « appartient ». Chaque emprunteur possède une action dans Grameen et les profits ainsi générés par la banque sont reversés à 75% à ses bénéficiaires, les 25% restants étant les parts du gouvernement du Bangladesh dans la banque.

IV-               Expansion

Face au succès de l’expérience Grameen, de nombreux pays et organisations ont repris et adapté le modèle à leur situation régionale. La transposition du modèle doit toujours mettre un point d’honneur à bien cibler les bénéficiaires (les 25% les plus pauvres de la population) et avoir à l’esprit que le taux de remboursement doit avoisiner les 100%. Les programmes de crédit du type Grameen sont aujourd’hui transposés dans 58 pays, sur tous les continents.

La Grameen a également étendue ses activités et créé de nombreuses « sister companies » pour répondre à d’autres besoins de la population : Grameen Energy fournit par exemple des panneaux solaires pour faire face aux problèmes d’approvisionnement en énergie dans certaines zones reculées du Bangladesh, Grameen Phone a développé l’accès à la téléphonie mobile et aux nouvelles technologie…

Enfin, notre stage nous permet de découvrir également le « social business », un nouveau concept introduit par le Pr Yunus : créés en partenariat avec de grandes entreprises, telles de Danone ou Véolia, les social business agissent selon le principe de « no-loss, no-dividend » et fournissent des produits/services répondant à des thématiques sociales telles que la malnutrition (Grameen Danone) ou encore l’accès à l’eau potable (Grameen Veolia). (Un article plus complet pour découvrir ce concept est à venir).

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