Carnet de route #19: Social business et dernières semaines au Bangladesh

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Après une semaine passée dans la campagne bangladaise, nous voilà de retour dans le tohu-bohu de Dhaka. Nous nous rendons le samedi à un « Social business Lab » organisé par le Yunus centre, le département responsable de propager le concept de social business au Bangladesh et dans le monde. Au programme : les pitchs de 6 entrepreneurs, enfants de membres de la Grameen bank, qui souhaitent à leur tour créer leur propre activité génératrice de revenus et créer de l’emploi dans leur village. L’événement est présidé par le Professeur Yunus en personne (la pression!), le but étant,  pour chaque entrepreneur, de convaincre l’assemblée afin de trouver des financements pour son projet. Pas évident de nous concentrer sur les différentes présentations lorsqu’ à seulement 3m de nous se tient notre mentor!

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La bonne nouvelle c’est que le lendemain,  Shamim, notre coordinateur de la Grameen, nous annonce qu’il a réussi à nous arranger une rencontre privée avec le Professeur Yunus! Marie ne tient pas en place, et c’est avec un grand sourire que le lauréat du Prix Nobel de la Paix (2006) nous accueille dans son bureau personnel, au 16e étage de la tour Grameen.  Grand moment!  A 75 ans, le professeur a non seulement une pêche d’enfer vraiment communicative, mais aussi beaucoup d’humour! Nous posons donc avec lui pour une « photo fun », sans oublier la « photo officielle » avec nos livres dédicacés :) Nous quittons le bureau avec une grande dose d’énergie et d’inspiration!

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Outre notre maître à penser, nous avons également eu la chance d’interviewer Runa Khan: une femme incroyable (son interview ici), à la tête de l’ONG Friendship qui prodigue des soins et travaille avec les communautés dans les zones les plus reculées du Bangladesh. (Pour en savoir plus sur cette ONG, rdv sur leur site internet: http://www.friendship-bd.org/ )

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La fin de notre stage à la Grameen Bank se place sous le thème du « social business », concept introduit et développé par le Professeur Yunus dans son livre « Pour une économie plus humaine », que nous vous recommandons chaudement afin de découvrir l’intérêt et les challenges de ce nouveau type d’entreprises ! Un social business est une entreprise dont l’objectif principal n’est pas la maximisation des profits, mais la réponse à une problématique sociale. La banque a ainsi développé ces dernières années plusieurs entreprises soeurs, qui agissent sur des problématiques sociales.

Selon Muhammad Yunus, voici les 7 principes du social business:

  1. L’objectif de l’entreprise sera l’éradication la pauvreté, ou une autre problématique (telle que l’éducation, la santé, l’accès aux technologies, le respect de l’environnement) qui menace les populations. L’entreprise ne poursuivra pas la maximisation de ses profits.
  2. La situation financière et économique doit être pérenne
  3. Les investisseurs ne reçoivent pas d’intérêts sur leurs apports
  4. Les dividendes sont automatiquement réinvestis dans l’activité de l’entreprise
  5. L’entreprise est soucieuse de l’environnement
  6. Les salariés sont payés aux salaires du marché, et bénéficient de meilleures conditions de travail
  7. … et tout cela dans la joie!

Nous nous rendons donc avec notre coordinateur Shamim ainsi que nos deux acolytes américains Amir et Andrew pour quelques jours sur le terrain, à la rencontre de de 4 social business Grameen:

1)      Grameen Veolia

Créée en 2008, cette joint-venture entre Veolia Water et Grameen Health Care Services a pour mission d’apporter de l’eau potable aux populations rurales du Bangladesh. Nous avons visité une des usines.

Problème social à résoudre: le manque d’accès à l’eau potable dans les zones rurales du pays entraîne de nombreuses maladies et intoxication à l’arsenic

Solution apportée: création d’usines de traitement de l’eau dans les campagnes, et vente d’eau traitée à moindre coût aux villageois

Procédé:

L’eau traitée dans chaque usine est d’abord récoltée dans une rivière avoisinante (c’est de l’eau de surface donc non contaminée par l’ arsenic) puis nettoyée une première fois pour en faire de l’eau claire mais non potable

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Elle passe ensuite à travers deux types de filtres (sable et charbon) et est enfin traitée avec de l’hypochloride pour tuer les dernières bactéries. 

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L’eau est ensuite conduite à différents points de distribution, sur un espace de 7km2 à la ronde, où les habitants viennent l’acheter à 2,5 taka (0.025cents) pour 10L. Pour pouvoir offrir un service aussi peu coûteux aux habitants des campagnes, l’usine utilise une technique de vente hybride: elle envoie un autre produit, des jarres de 20L d’eau, par bateau à Dhaka, qui sont elles vendues au tarif du marché, soit 70 taka.

Aujourd’hui ce sont 700 foyers, soit environ 3500personnes qui bénéficient de l’eau traitée de Grameen Veolia, seulement pour cette usine. 

2)      Grameen Energy

A l’origine une entreprise cherchant la maximisation des profits en 1996, Grameen Energy (Grameen Shakti) s’est ensuite convertie en social business. L’entreprise a pour mission de fournir de l’électricité et autres systèmes d’énergie aux populations rurales, et c’est aujourd’hui le plus gros fournisseur d’énergie solaire en Asie.

Problème social à résoudre: le manque d’accès à l’électricité dans les zones rurales du Bangladesh

Solution(s) apportées: l’approvisionnement en panneaux solaires à moindre coût, l’installation d’usines biogaz ou encore de fours améliorés dans les foyers

Procédé: Les solutions apportées par Grameen Shakti sont simples mais efficaces.

1) les paneaux solaires sont avant tout utilisés par les habitants pour alimenter des lampes afin que les enfants puissent étudier le soir, ou pour permettre la poursuite de l’activité du business familial à la tombée de la nuit.  Le plus populaire, celui de 85w, permet d’alimenter une télé, un ventilateur, 8 lampes et un chargeur de téléphone.

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2) les usines bio-gaz fonctionnent grâce au méthane dégagé par… les bouses des vaches des fermiers! Il est cependant nécessaire de posséder au moins 5 vaches pour faire fonctionner une usine (minimum 50kg de bouses, 1 vache produisant environ 12kg de bouses par jour) Pour info, avec 130kg de bouse + 130l d’eau, on obtient 8h de gaz en continu !

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3) les fours améliorés ont un avantage sanitaire non négligeable, la fumée  étant évacuée à l’extérieur de l’habitat grâce un système de cheminée. C’est aussi une source d’ économie pour les habitants car ces fours améliorent la combustion et consomment ainsi moins de bois.

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3)      Grameen Danone

Créée en 2006, cette joint-venture entre Danone et la Grameen a pour mission d’offrir aux plus pauvres un yaourt accessible et à forte valeur nutritionnelle.

Problème social à résoudre: la malnutrition, qui touche un enfant sur trois dans les zones rurales du Bangladesh

Solution apportée: la création et la vente à moindre coût dans les zones rurales d’un yaourt enrichi en nutriments (vitamines A, fer et zinc) apportant l’équivalent d’un tiers des besoins nutritifs journaliers d’un enfant.

Procédé: L’usine de Bogra propose deux types de produits laitiers. Le premier, le Shokti+, est un yaourt de 60g ou 40g, qui nécessite une conservation au frais (goût nature, mangue ou chocolat). Le deuxième, Shokti+ pocket, est un yaourt à boire en tube, lancé en février 2014 et qui peut se conserver 3 mois sans réfrigération (goût nature ou chocolat). Nous avons eu droit à une savoureuse dégustation! :)

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Grameen Danone participe à la création d’emplois locaux dans la région de Bogra, notamment en travaillant avec plus de 500 fermiers en ce qui concerne la collecte journalière de lait, au niveau de 5 points de collecte.

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Le lait est ensuite refroidi  dans une cuve puis transféré à l’usine pour être transformé en yaourt.

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Par la suite, les produits Shokti+ sont distribués aux « sales ladies » dans des glacières conservant la chaîne du froid, et ces dernières ont la charge de vendre les yaourts en porte à porte au sein de leur communauté. Plus de 500 femmes sont ainsi employées par Grameen Danone et obtiennent un salaire régulier grâce à cette activité.

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4)      Grameen Eye Care Hospital

Créé en 2001, cet hôpital a pour mission d’offrir des services de soins accessibles et de qualité aux populations rurales du Bangladesh.

Problème social à résoudre: la malnutrition entraîne de nombreux problèmes oculaires, très coûteux à traiter.

Solution apportée: des consultations et opérations de la cataracte à faible coût.

Procédé: Grameen Eye Care Hospital propose un système de financement croisé des consultations et opérations. Le prix dépend des moyens de chaque individu, ce qui permet aux plus pauvres de financer en partie leur propres opérations grâce à celles des personnes plus aisées. Jusqu’aujourd’hui ce modèle a fait ses preuves et connu un grand succès. Il a même déjà été répliqué dans deux autres zones du Bangladesh, et lors de notre rencontre le manager de l’hôpital nous parlait de la construction en cours d’un quatrième hôpital.

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Ce fut vraiment passionnant d’en apprendre plus sur ces entreprises d’un nouveau genre, directement au contact des équipes et bénéficiaires sur le terrain ! Si de nombreux challenges persistent pour ces social business qui doivent constamment adapter et améliorer leur modèle initial, l’impact qu’ils ont aujourd’hui sur les populations est déjà tangible, et leur pérennité sera la clé pour une réplication de leur modèle, et ainsi l’augmentation significatif de leur impact social et sociétal.

Nous habitons chez Martin jusqu’à son retour de vacances, quelques jours avant notre départ de Dhaka. Nous sommes en cohabitation avec Mehdi, qui travaille à quelques minutes de chez Martin et trouve donc bien plus arrangeant de squatter lui aussi l’appart de notre danois préféré pendant son absence! Parmi les grands moments de cette semaine de couchsurfing, mention spéciale à notre session lessive! Martin possède une machine semi-automatique, dont nous ne comprenons vraiment pas le fonctionnement! Mettre de l’eau dans la machine avant de la lancer, ok ça reste dans nos cordes. En revanche, comment faire pour vider l’eau sale après?  On n’a toujours pas compris, et Elsa a temerairement résolu le problème en ecopant la dite machine pendant une bonne demi-heure!

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Notre cohabitation avec Mehdi se passe très bien. Nous lui apprenons des rudimentaires de cuisine – euh Mehdi, l’ananas tu n’as pas besoin de le laver, tu ne manges pas la peau! – et lui nous fait découvrir quelques cafés et lieux sympas de Dhaka. Nous nous rendons notamment un soir au « Jamina Future Park » mall. Tout récent, c’est le plus grand centre commercial d’Asie! Elsa fait des prouesses au bowling, tandis que Mehdi nous initie à l’art du billard. Nous nous en sortons plutôt bien et oublions presque que nous sommes à Dhaka… mais la réalité nous rattrape bien vite quand on quitte le mall! encore un contraste saisissant entre modernité et pauvreté …

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Les festivités continuent pour le retour de Martin. Ce dernier a organisé une soirée ping pong avec famille et amis! Nous passons un bon moment, et faisons des prouesses lors de parties de tournante ou en double endiablés! Il faut dire que cela fait une semaine que nous nous entrainons sur la table de ping pong pour nous préparer!

Pour nos trois derniers jours à Dhaka nous sommes accueillies chez la mère de Mehdi, dans un quartier à l’autre bout de la ville: Shaketek ! Cela nous vaut d’ailleurs quelques péripéties: Elsa, confiante en son bangla qui a bien progressé, se lance et demande un jour à un chauffeur de CNG de nous ramener, en lui précisant l’adresse en bangla. Malheureusement il nous reste encore des progrès à faire car ce n’est pas à Shaketek que nous nous retrouvons, mais dans un coin inconnu à la périphérie nord de la ville! Quelques négociations vaines avec le chauffeur et 2h de CNG plus tard, nous voilà enfin dans notre nouvelle maison! Cet épisode reste encore très douloureux et marque le jour où Elsa s’est résignée au fait que, non, elle n’arrivait définitivement pas à se faire passer pour une autochtone!

Nous terminons notre stage par la découverte de l’ONG Grameen Education, qui offre des formations variées à des jeunes dans plusieurs domaines tels que l’éléctricité, la couture, l’informatique… afin de les aider à intégrer le marché du travail.

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Quant à Grameen Knitwear, c’est une entreprise classique de textile comme il en existe beaucoup au Bangladesh. L’intérêt réside surtout dans le fait que ses deux principaux actionnaires sont les Grameen Fund (Fond pour le social business) et Grameen Welfare (création de centres médicaux), deux institutions à forte valeur sociale, à qui reviennent les dividendes générés par les profits de  Grameen Knitwear ! Nous visitons l’usine grouillante de monde, et apprenons tout sur les étapes du procédé de confection d’un T-shirt : impressionnant!

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Enfin, nous faisons un petit tour par Aarong, une entreprise sociale de l’ONG Brac, une chaîne de magasins qui soutient l’artisanat bangladais en revendant des produits créés dans les régions pauvre du pays (voir article ici).

Une fois notre rapport de stage rédigé et rendu à Shamim, et notre diplôme de Grameen Bank intern en poche (woop woop!), nous quittons Dhaka pour 12h de bus de nuit en direction du sud du pays. En effet, nous avons prévu de passer nos deux derniers jours bangladais à Cox’s Bazar, la station balnéaire du pays. Si la ville et les complexes hoteliers qui y poussent comme des champignons n’ont pas grand intérêt, la plage de  Cox est, quant à elle, très réputée! Et nous comprenons pourquoi: avec ses 120km, c’est la plus longue plage du monde!

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Mehdi, qui n’a malheureusement pas pu se joindre à nous, s’est gentiment chargé de l’organisation de notre séjour, en bookant notre hotel – pas cher, le gérant est un ami- et en nous mettant en contact avec Rashed, son surfeur de copain qui nous accueille chaleureusement et nous emmène pour un surf-safari (=promenade en CNG le long de la plage, à la recherche de vagues!) et une initiation au surf! Une grande première pour Marie qui a du mal à trouver l’équilibre sur sa planche, pendant qu’Elsa paddle mais ne se relève pas! Résultats du cours: on attrape un bon coup de soleil et un gros rhume, mais on rigole bien!

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Ce séjour est également l’occasion de nous nourrir de délicieux poissons – à défaut de fruits de mer que l’on ne trouve nul part – ce qui change de notre poulet habituel! Nous en profitons également pour nous reposer sur la plage avant de réattaquer pour trois semaines de roadtrip en Inde! Enfin le repos est souvent de courte durée car nous sommes une fois de plus l’attraction… Malgré nos efforts pour nous plier aux normes ethiques de « la burka on the beach », en nous baignant et en « bronzant » tout habillées, il faut croire que notre camouflage est loin d’être efficace, et chaque personne qui passe devant notre transat s’arrête pour nous prendre en photo! Ah la célébrité je vous jure… Après ces deux jours d’un bon bol d’air marin qui ravivent notre olonnaise préférée, nous voilà reparties vers de nouvelles contrées, à savoir l’Inde, dernier stop de notre Tour!

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