Carnet de route #20 : Kolkata, Darjeeling, Varanasi

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Après une longue journée de voyage (dans des coucous volants !) nous arrivons à Calcutta, et plus précisément à Joka, sur le campus de « l’Indian Institute of Management ». Difficile de se dire que le matin même, nous étions à la plage de Cox’s Bazar ! Malgré l’heure tardive, nous sommes accueillies à bras ouvert par Clara. En échange à Calcutta, elle sera une hôte hors pair pour ce petit weekend de transition ! Dès notre première soirée, nous sommes replongées dans l’ambiance « étudiante » et rencontrons les autres étudiants étrangers de l’université … bien occupés par une partie de poker endiablée !

Le lendemain, Clara nous sert de guide et nous entraine à la découverte de la ville. Après une bonne heure dans les bouchons, nous arpentons les étals du « New market » en tentant de repousser les différents rabatteurs « non dada, je n’ai pas besoin d’une écharpe, d’un eyeliner ou d’une clé USB ! ». Puis nous nous dirigeons vers le quartier des sculpteurs de Kumartuli. Chaque année pour le festival Durga Puja, les gens achètent des sculptures de divinités et les exposent dans la ville avant de les jeter dans le Gange. Chaque œuvre est d’abord réalisée en paille, puis consolidée et lissée à la glaise avant d’être peinte. En plus de découvrir cet artisanat, nous apprécions également la ballade dans ce quartier très sympa : on se croirait presque dans un petit village à l’écart de la ville !

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Dégustation d’un petit « chai » sur les bords du fleuve avant de nous rendre au marché aux fleurs qui est beaucoup moins reposant et grouille de monde malgré l’heure tardive. Nous nous frayons un chemin parmi les marchands et apprécions couleurs et odeurs (en effet, cela nous change des relents d’urine/de détritus que nous humons régulièrement !).

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Capitale du Bengale-Occidental, Kolakata est perçue comme le cœur intellectuel et culturel de l’Inde du Nord. La ville a conservé une riche architecture coloniale, ce qui amplifie ses contrastes saisissants. Nous passons ainsi du quartier administratif & juridique de BBD Bagh à celui, plus touristique, de Chowringhee. Avec ses 5 millions d’habitants, l’activité frénétique qui règne dans la ville ne nous change guère de Dhaka !

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Après ce bel aperçu de Kolkata, il est temps de rentrer à la résidence : ce soir, c’est retour à la vie étudiante pour une petite soirée dans un bar des plus branchés de la ville ! Quand on vous parlait de contrastes…

Le lendemain, nous laissons Clara à ses révisions (et oui la semaine prochaine il y a partiels !) et nous rendons chez Vinay, notre nouveau couchsurfeur, qui nous accueille à merveilles et nous aide gentiment à comprendre le fonctionnement des trains indiens et à réserver nos billets pour les trajets à venir. Nous découvrirons plus tard que la galère de la SNCF indienne n’est pas un mythe, mais bien une réalité !

A Kolkata, nous rencontrons Ketaki, ancienne prof reconvertie en gérante d’un salon de beauté, ainsi que Rita, qui a monté il y a 29 ans la première école maternelle Montessori de la ville (leurs portraits ici). Nous nous rendons également au Nord-est de la ville, vers l’aéroport, où sont situés les locaux de Kolkata City Mission, association créée en 2007 qui travaille auprès des populations des bidonvilles de Kolkata, et a notamment un programme dédié à l’autonomisation des femmes (voir article ici).

Nous décidons ensuite d’aller passer le week-end à Darjeeling, afin de découvrir une autre facette de l’Inde : celle des hauts sommets ! C’est parti pour notre première expérience du train indien ! Nous nous faufilons dans nos couchettes et préparons notre attirail pour dormir pendant les 10h de trajet de nuit qui nous attendent ! On peut dire que nous avons une maîtrise optimale de la situation : boules quies, duvet, sac en guise d’oreiller… voilà ce que ça donne :

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Mais que serait un trajet indien sans un léger (vous avez dit léger ?) retard ? C’est donc avec 6h de retard sur notre heure d’arrivée initiale que nous atteignons la gare de New Jalpaiguri, ultime gare avant les montagnes du Nord de l’Inde. Encore trois heures de jeep pour grimper en haut des sommets, et nous atteignons enfin notre destination ! Là, nous nous rendons compte, qu’à 2135m, nous sommes vraiment dans un autre élément et que nos petites bensimons et pull à capuches sont quelque peu légers face à la fraîcheur du climat qui règne ici! Cela se confirme le lendemain, lorsqu’à 5h du matin nous nous rendons en haut de la célèbre Tiger Hill pour contempler le lever de soleil sur « le toit du monde »… C’est la première fois que nous voyons l’Himalaya, et, malgré le froid polaire, le spectacle est grandiose ! Le ciel n’est pas assez dégagé pour nous permettre d’apercevoir l’Everest, mais face à nous s’élèvent le Khangchendzonga ou « grande forteresse de neige aux cinq sommets » en tibétain (8586m), le Kabru (7338m), le Jannu (7710m) et le Pandin (6691m), pas moins fascinants !

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Après un bon petit déjeuner pour nous remettre de ce levé matinal, nous partons à la découverte de plusieurs temples bouddhistes dont la région regorge. En effet, les bouddhistes ont majoritairement érigé leurs temples dans les montagnes de l’Himalaya, en Inde mais surtout au Népal. Et nous comprenons bien pourquoi : les paysages magnifiques doivent forcément aider à la méditation ! Nous découvrons donc le Buthia Busty Gompa ou encore le Yiga Choling Gompa et tentons de décrypter quelques traditions bouddhistes, sans succès malheureusement…

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Darjeeling est la première destination touristique du Bengale occidental. Le climat de cette station d’altitude était considéré comme excellent pour la santé, et c’est ainsi qu’au début du 19e s, la Compagnie anglaise des Indes en fit un lieu de cure pour les résidents britanniques. La ville étant particulièrement réputée pour ses plantations de thé, nous ne manquons pas d’aller découvrir la fabrique « Happy Valley » en contrebas.

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En novices du thé, nous apprenons qu’il existe plusieurs types de thé (noir, vert et blanc !), qui se différencient par leur degré d’oxydation lors du séchage de leurs feuilles. Après la cueillette, de l’air chaud et froid est d’abord envoyé sur les feuilles de thé pour les nettoyer. Puis, les feuilles sont roulées et pressées dans une machine, afin de casser les liaisons peptidiques qui contiennent les arômes. Les feuilles sont ensuite étalées pour obtenir une certaine oxydation qui donnera un arôme particulier au thé et, après un séchage à 220°C, le thé est prêt à dévoiler sa saveur !

En parlant de saveurs, nous nous régalons ensuite d’une nouvelle découverte culinaire : le momo tibétain, sorte de gros ravioli fourré aux légumes ou au poulet.

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Il est déjà temps de repartir pour la gare NJP, si nous voulons essayer d’acheter un billet de train pour Kolkata le soir même (nous n’avons pas pu réserver en ligne, grave erreur !), sans oublier d’effectuer un petit tour sur le fameux Darjeeling Himalayan Railway, ou « Toy train » ! En circulation depuis 1881, ce petit train classé au Patrimoine mondial de l’UNESCO est l’une des rares lignes de montagnes encore en service en Inde !

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Notre retour à Kolkata, ou « trajet de l’angoisse » se révèle très éprouvant ! Tout d’abord notre descente de la montagne s’effectue entassés à 12 dans une jeep dont le conducteur, gêné par ses trois voisins de devant, n’arrive pas à passer les vitesses. C’est donc en troisième, voire en roues libres, ou même carrément le moteur éteint (effectivement dès qu’on freine un peu trop, on cale !) que nous passons ces trois heures, aux côtés d’un duo de choc, à savoir une femme vomissant ses tripes par la fenêtre et son mari qui crache environ toutes les 5min de gros mollards par la fenêtre (ou carrément dans le coffre…). Une fois à la gare, les derniers trains de la journée étant complets, il nous faut courir dans tous les sens pour trouver la personne en charge de la gestion des désistements, à qui s’adresser lors d’un achat de billet de dernière minute. Bien entendu, impossible de mettre la main sur elle, et à 21h, alors que le dernier train s’apprête à partir, une des employées prend pitié de nous, pauvres voyageuses égarées, et nous fait monter dans le « ladies wagon », à l’avant du train. C’est donc allongées par terre, sans ticket, et avec nos couvertures de survie étalées en guise de tapis, que nous effectuons les 10h de trajet de retour jusqu’à Kolkata…

Nous passons encore un jour à Kolkata, le temps de faire un tour dans une clinique indienne – et oui, six mois sans soucis médicaux, ça aurait été trop facile ! – et de passer une drôle de soirée : à la recherche d’un bar où déguster une Kingfisher, la bière nationale, nous nous retrouvons dans une salle un peu sombre mais moderne, face à une petite scène où un chanteur fait son show avec quelques danseuses. Notre présence semble un peu intriguer les serveurs et les danseuses. C’est vrai que nous sommes les seules filles, mais c’est seulement lorsque nous voyons les autres occupants du bar offrir de gros billets aux danseuses, que nous nous rendons compte que nous ne sommes effectivement peut-être pas à notre place dans cet endroit ! Un peu gênées, nous terminons notre bière au plus vite et filons, avant qu’une des danseuses, qui faisait des sourires insistants à Marie depuis dix bonnes minutes, ne devienne trop entreprenante !

Après toutes ces aventures dans le Nord-Est de l’Inde, il est temps de commencer notre traversée vers Delhi, à l’Ouest, d’où nous prendrons notre vol de retour. Notre premier stop sera donc Varanasi, afin de couper les 1200km qui nous séparent de Delhi ! C’est donc reparti pour une nuit de train, en direction de cette ville sainte hindoue, située sur les bords du Gange. Une fois n’est pas coutume, nous arrivons avec 3 bonnes heures de retard. Cela nous laisse tout de même le temps de nous rendre à la Brown Bread Bakery, certes pour y déguster de délicieux pains et fromages au lait de vaches himalayennes, mais surtout pour en apprendre plus sur leur travail auprès de femmes de Varanasi. Cette boulangerie a en effet été créée pour soutenir le travail d’une ONG « Learn for life – another world is possible » qui, outre la gestion d’une école pour enfants défavorisés, offre des emplois à des femmes locales, qu’elle rémunère équitablement. Ces dernières ont en effet la possibilité de créer du muesli et des confitures et ces produits sont ensuite utilisés et vendus à la Boulangerie.

Varanasi est une ville de 1,2 millions d’habitants, très bigarrée, et imprégnée de spiritualité. En effet, les pélerins viennent des 4 coins de l’Inde sur les 80 ghats qui bordent le Gange pour se laver de leurs péchés, ou encore pour la crémation de leur proche. Nous découvrons ce rite funéraire lors d’une promenade en barque le long des ghats. Une des 150 crémations journalières a en effet lieu à ce moment, et un indien se propose de nous expliquer ce rite – moyennant un petit backchisch, euh non, une offrande pour obtenir un bon karma ! Nous apprenons que le corps de chaque défunt est ainsi enroulé dans un drap blanc, puis attaché sur une échelle en bambous avant d’être placé dans un bûcher ardent, en guise de purification. Les cendres sont ensuite récupérées et éparpillées par la famille du défunt le lendemain dans les eaux du Gange. Sont exemptés de purification 5 catégories considérées comme déjà pures : les femmes enceintes, les lépreux, les enfants, les hommes saints et les morts par piqures de serpent. Les personnes tombant dans ces catégories sont donc jetées directement dans la Gange, sans crémation préalable. Seuls les hommes assistent à ces crémations, car les indiens « pleurent dans le cœur, mais pas par les yeux » comme nous l’explique notre ami et les femmes ont tendances à avoir plus de mal à gérer leurs émotions. D’autre part, autrefois la tradition voulait que la veuve du défunt se suicide et saute dans le bûcher auprès de son mari, et celles qui ne le faisaient pas d’elles-mêmes étaient poussées dans le feu par leur propre famille…

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Malgré l’atmosphère un peu oppressante, nous apprécions ce bref stop à Varanasi et, avant de reprendre un train en direction d’Agra, nous essayons de nous rendre au temple de Vishwanath, dédié à Shiva. Les 800kilos qui recouvrent la tour et la coupole du temple lui ont donné le nom de « temple d’Or », mais malheureusement nous n’avons pas l’occasion d’en apprendre d’avantage, l’accès au sanctuaire étant interdit aux non hindous et bien surveillé…

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