Rita – Ecole Montessori

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A Kolkata, nous avons rencontré Rita qui a co-fondé il y a 29 ans son école Montessori, qu’elle dirige encore aujourd’hui.

La méthode Montessori s’appuie sur une philosophie de l’éducation selon laquelle « l’enfant n’est pas un vase que l’on remplit, mais une source que l’on fait jaillir » selon sa fondatrice Maria Montessori. Sa révolution consiste à mettre à la disposition des écoliers du matériel adapté en les laissant libres de choisir eux-mêmes les activités qu’ils souhaitent faire, pendant le temps qu’ils le désirent. Placé dans cet environnement propice et accompagné par un éducateur qui s’adapte à lui, l’enfant apprend alors par lui-même, à son rythme, et fait même preuve d’une autodiscipline et d’une concentration inattendue.

Pouvez-vous nous parler de votre entreprise, quand vous êtes-vous vous lancée ?

Nous avons monté cette école il y a 29 ans, d’après la méthode Montessori, destinée aux enfants de 2 à 5 ans. Nous avons aujourd’hui 50 élèves. C’est une école cosmopolite, 20% des enfants sont de la province du Bengale, mais les 80% restant viennent d’autres communautés. Nous enseignons donc en anglais. Au début, lorsque les petits intègrent l’école et sont un peu perdus, nous utilisons parfois leur langue maternelle pour les rassurer, mais dès qu’ils sont assez à l’aise nous passons à l’anglais.

D’autre part, il y a 2 ans, j’ai décidé d’étendre un peu mon champ d’action. J’ai ainsi suivi une formation « Zhusuan ». Je ne sais pas si vous en avez déjà entendu parler, c’est une méthode de calcul mental qui vient de Chine et du Japon. Pas besoin de calculatrice, tout est dans la tête, nous nous aidons simplement d’un boulier ! C’est très répandu là-bas. Il y a 8 niveaux, et j’ai atteint le niveau 6, donc maintenant, outre la gestion de la maternelle, je propose ces cours aux étudiants en classes de lycée. Nous avons aujourd’hui 7 élèves.

Cela doit vous faire beaucoup de travail…

Oui, je suis assez occupée ! Du lundi au vendredi il y a l’école tous les matins, et les samedi et dimanche je donne ces cours de calcul mental.

Je me préserve tout de même du temps pour mes hobbies : l’écriture et la natation.  J’ai déjà publié quatre romans pour adultes, et je suis en train de rédiger le cinquième, qui sera publié l’année prochaine. L’avantage c’est que mon lieu de travail est aussi ma maison, donc toute mon énergie est condensée ici ! Je nage également tous les jours. Vous savez, pour travailler avec des enfants il faut avoir une bonne condition physique ! Je suis heureuse de mon travail avec les enfants, j’y prends beaucoup de plaisir et ne m’ennuie jamais !

Quelles ont été vos motivations pour vous lancer dans cette entreprise ?

Mon fils allait dans une école Montessori, c’était un vrai petit diable et j’ai vu l’impact positif qu’avait ce programme sur lui ! Je me suis vraiment dit que c’était une bonne méthode et j’ai décidé de lancer ma propre école, chez moi, au rez-de-chaussée. Avec mes assistantes et professeures nous formons une bonne équipe. En effet, nous travaillons ensemble depuis 29 ans : nous sommes comme une petite famille !

Avez-vous rencontré des difficultés particulières à la création de votre école ?

Non, nous n’avons pas vraiment eu de difficultés à nos débuts. Les enfants répondaient très bien à notre méthode, et j’ai même dû agrandir les locaux de  l’école au premier étage pour recevoir de nouveaux élèves. A partir de 2007 cependant, les collèges et lycées privées, gérés par de grosses entreprises, se sont rendus compte que l’enseignement maternel était laissé de côté, et se sont intéressées à cette opportunité pour étendre leur activité. Vous savez, en Inde, l’éducation maternelle n’est pas vraiment reconnue, et n’importe qui peut monter ce type d’établissement. Du coup elles ont poussé comme des champignons !

Cela arrangeait  les parents : ils pouvaient inscrire leurs enfants dans la même institution du début à la fin de leurs études. Même s’ils regrettaient de devoir changer leurs enfants d’une école Montessori à une école classique, ils étaient rassurés d’obtenir ainsi une place pour plusieurs années. Le problème, c’est que de telles institutions ne fournissent pas aux enfants la même attention individuelle que nous leur portons ici. Ce n’est pas possible dans de si grandes classes ! Notre point de vue est de privilégier les classes restreintes, l’interaction individuelle.

C’est depuis ce moment que la compétition est devenue rude pour notre école. Aujourd’hui, en tant qu’entreprise, c’est difficile. Je n’ai rien contre la compétition, je pense même qu’une compétition saine est importante. Notre problème, c’est la différence énorme de moyen. Nous ne pouvons pas nous défendre face à de si grands établissements, qui possèdent autant de moyens financiers, d’infrastructures et d’activités extra-scolaires ! Beaucoup d’argent est en jeu, et nous ne pouvons pas soutenir ce bras de fer avec nos petits moyens.

Cependant, quelques parents viennent à nous, ceux qui souhaitent que leurs enfants reçoivent ce type d’attention individuelle, et nous sommes heureux ! Nous dirigeons un petit établissement, je n’ai jamais eu l’ambition de faire d’énormes profits ! Et de toute façon, ce n’est pas dans la politique de l’école Montessori, dont la renommée mondiale n’est plus à faire.

En tant qu’entreprise, nous ne sommes donc peut-être pas très performants, mais en tant qu’éducateurs, les gens nous connaissent. L’année dernière j’ai d’ailleurs reçu le prix de la « professeure la plus inspirante » ! Il y a deux autres écoles Montessori à Kolkata, et la nôtre est assez renommée.

Avez-vous reçu une aide extérieure pour vous lancer ?

Financièrement non, j’ai commencé par moi-même, avec mes propres économies. Tout d’abord avec cinq enfants, puis l’année d’après 15 et, peu à peu, nous avons grandi. Encore une fois, nous ne cherchions pas une maximisation des profits, nous voulions surtout appliquer ce que nous avions appris pendant nos 9 mois de formation pratique très intense – prodiguée à Kolkata par des représentants Montessori venus d’Amsterdam – à l’éducation des enfants.

A combien s’élèvent les frais d’inscription ?

Nos frais mensuels s’élèvent à 1800 rupies (23€), ce qui est bien moins cher que ceux des grandes grosses écoles privées qui s’élèvent à 3000 et peuvent même monter jusqu’à 8000 rupies ! Les parents qui préfèrent les grosses écoles font souvent partie de communautés d’affaires qui viennent de différentes provinces de l’Inde et ont de l’argent. Cela ne les dérange pas de dépenser de l’argent pour des cours, même superficiels. Ce sont le genre de personnes qui veulent que leurs enfants intègrent une école « cinq étoiles », et ils sont prêts à payer le prix pour cela !

En ce qui nous concerne, nous privilégions la simplicité. Nos classes sont propres mais sans fioritures, afin de ne pas distraire les enfants.

Quels sont vos objectifs pour le futur ?

C’est une très petite initiative et mes enfants n’ont pas l’intention de prendre la relève, mais tant que nous serons en mesure de travailler, nous travaillerons !

Quelles sont selon vous les qualités nécessaires pour être entrepreneur(e) ?

Il y a plusieurs perspectives. Dans mon entreprise, être une femme est un atout car nous avons un sens maternel qui nous permet de mieux comprendre et gérer l’enfant. Notre école est comme une extension de la maison. J’ai par exemple trois enfants, donc je sais de quoi il s’agit et je ne perds pas patience facilement. Je pense que la patience est un élément important, dans tous les champs de la vie. Or, gérer le développement d’un enfant nécessite d’autant plus de patience, de douceur et de calme. Ce sont leurs premières années d’apprentissage, et si nous ne gérons pas leurs faiblesses calmement, cela aura des répercussions toute leur vie, ce que nous ne souhaitons pas !

Avez-vous un conseil à donner à de futur(e)s entrepreneur(e)s ?

Quand on est entrepreneur, ou femme entrepreneure, en Inde, il faut faire face à plusieurs challenges. Surtout en ce qui concerne les petites entreprises ! Il faut être prêt à mettre la main à la pâte parfois. Si une de mes assistantes est occupée ou absente, je dois être celle qui emmène un des enfants aux toilettes, qui le change. Je ne me dis jamais que ce n’est pas mon travail, il faut être adaptable. A ceux qui souhaitent diriger une petite entreprise, voici ma suggestion : ne soyez pas regardants concernant les différentes tâches à effectuer. Vous ne pouvez pas dire que cette tâche n’est pas la vôtre, il faut être prêt à tout !

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