Sharmila – galerie d’art contemporain

sharmila

Udaipur est une ville réputée pour son école artistique de miniatures. Nous y avons rencontré Sharmila qui, elle, a choisi de s’orienter vers une carrière d’artiste & femme d’affaire contemporaine.

Quand et comment avez-vous commencé ?

J’ai obtenu mon master à l’université d’art d’Udaipur en 1996 et j’ai ouvert ma galerie à ce moment-là, sur les conseils de mon professeur. Je n’avais jamais pensé à ouvrir une galerie, et c’est vraiment lui qui m’a incitée à me lancer et à venir m’installer dans ce quartier touristique. Je me suis donc lancée, et ça a plutôt bien marché : les gens étaient réceptifs à mon activité !

A cette époque il n’y avait aucune galerie à Udaipur, je fus vraiment la première. Aujourd’hui vous en avez une bonne dizaine, surtout dans l’art de la miniature, mais en ce qui concerne l’art contemporain il y en a très peu ! Cette galerie m’appartient depuis seulement quatre ans. J’habite juste de l’autre côté du pont, et c’est là-bas que j’avais installé ma première galerie grâce à l’aide de mon père, que j’ai dirigé pendant dix ans. Aujourd’hui ce lieu m’appartient complètement !

Quelles étaient vos motivations ?

Souvent, après l’obtention d’un diplôme d’art, les étudiants entrent en compétition pour obtenir un poste dans l’industrie textile. Ils font vraiment la queue pour un tel poste !

Avec ma galerie, j’ai ma liberté, je suis ma propre chef et c’est ce que j’aime !

Avez-vous reçu de l’aide pour vous lancer ?

J’ai reçu de l’aide de la part de mon professeur et de mon père. Mon professeur m’a encouragée à me lancer, et mon père m’a donné un espace pour mon activité, et de l’argent. Ils m’ont beaucoup soutenue !

Avez-vous rencontré des difficultés à vos débuts ?

Tout d’abord, l’art contemporain est très méconnu ici. Les gens critiquent, rigolent et ne comprennent pas mes œuvres. Udaipur est la ville du miniaturisme, ici les locaux aiment les paysages, les scènes miniatures traditionnelles, les portraits… Au début, je vendais surtout mes œuvres aux étrangers, et c’est le cas aujourd’hui encore. J’ai également quelques clients indiens venant des grosses métropoles comme Delhi, Bombay, Kolkata, Bangalore… ils sont plus sensibles à l’art contemporain ! Une fois que j’ai commencé à vendre plutôt bien, les gens d’Udaipur ont fini par s’intéresser à mon travail et j’ai reçu beaucoup de commandes : on me demandait des portraits, des copies d’œuvres. Aujourd’hui j’ai arrêté et je me concentre seulement sur ce que j’aime !

D’autre part, j’appartiens à la caste Rajpur, et dans ma famille une femme ne peut pas travailler. C’était le principal problème : mon entourage n’acceptait pas mon travail et c’était difficile. Par exemple, je n’ai pas pu me marier avec quelqu’un de ma caste, et aujourd’hui je suis toujours célibataire. Une femme peut travailler et gagner sa vie, mais tout contact avec des hommes est banni. Il y a de nombreuses femmes artistes, mais tenir une galerie c’est différent. Moi, je suis sans arrêt en contact avec des hommes, des guides touristiques par exemple. J’ai choisi de ne pas être une femme au foyer, et je me suis donc fait de nombreux amis dans mon domaine!

Quels sont vos objectifs pour la suite ?

Cela fait quinze ans que je dirige ma galerie. Avant, je me demandais si une fois mariée je continuerai dans cette voie ou non. Si je me marrie à Udaipur, je continuerai, et si je dois changer de ville, je ne pense pas quitter mon art donc j’essaierai de monter une nouvelle galerie là-bas !

L’art, c’est ma vie. J’ai différents styles. Je fais quelques miniatures, mais des miniatures contemporaines ! Certaines de mes oeuvres se rapprochent plus de l’artisanat, et j’aime aussi faire de l’abstrait, en jouant seulement avec les couleurs. C’est pour moi une vraie source de méditation, d’oubli de soi, et j’aime beaucoup cela ! Enfin, j’ai ce style de peinture où je peins avec les mots : je partage des pensées spirituelles qui me viennent à l’esprit. C’est un style très subjectif : je peins ce que je ressens, à chaque état d’esprit correspond un travail différent !

N’est-ce pas trop difficile de concilier art et business ?

Je ne peins pas pour vendre. Je ne me dis pas, en commençant une peinture, qu’il va falloir que je la vende. Je veux d’abord profiter de mon art ! Ainsi, quoi qu’il en ressorte, je sais que j’aurai quelqu’un de réceptif à mon œuvre.

Mais d’un autre côté, j’ai également besoin d’argent pour vivre! Cette saison n’a pas été très bonne par exemple. Donc il est vrai que mes ventes jouent aussi sur mon inspiration : si je vends bien, je suis plus inspirée, et je peins plus. Les deux aspects sont liés et entrent en jeu dans mon travail.

J’ai aussi besoin que les gens apprécient mon travail. Pas seulement en terme d’argent, les mots comptent aussi beaucoup.

Selon vous, quelles sont les qualités nécessaires pour un(e) entrepreneur(e) ?

Il faut être prêt à beaucoup travailler ! Quand j’ai commencé, j’étais seulement étudiante, je ne savais pas quoi peindre. Après dix ans, je suis plus confiante en mon travail, je sais que je peux vendre. Les œuvres se vendent beaucoup plus cher aujourd’hui, donc chacun peut diriger une galerie grâce à ses propres efforts. L’important c’est de varier les styles, car cela attirera différents types d’intérêts, de goûts…

Un dernier mot ?

La confiance en soi est extrêmement importante. Il y a des gens qui chercheront à vous dérouter. Ce n’est pas facile d’être une femme dans ce type de profession car c’est un champ plutôt réservé aux hommes ! Donc il faut être confiant.

Une petite vidéo pour en savoir plus sur le travail de Sharmila ici 

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